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En effet, ta charité m’a déjà apporté
beaucoup de joie et de réconfort,
car grâce à toi, frère,
les cœurs des fidèles ont trouvé du repos.

Phm1.07

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Viens et suis-moi

Ordinations du 24 juin 2018 à La Castille

  Publié le dimanche 24 juin 2018 , par Françoise Girard

Le 24 juin 2018, Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon ordonne 6 diacres et 4 prêtres.
Retrouvez ici l’homélie donnée en ce jour.


Chers Frères et Sœurs,

Ordonné prêtre il y a 34 ans, j’avais accolé à mes images d’ordination ce simple verset de l’Evangile de Matthieu, au chapitre 19 : « Viens et suis-moi ». L’appel est laconique, incisif, déterminant.

Cet appel retentit particulièrement aux oreilles et surtout au cœur de ces 10 ordinands qui en ce jour, vont être ordonnés prêtres et diacres. Cet appel s’adresse à leur liberté. Il traverse leur histoire. Il les plonge dans une mission que le Christ leur confie en les configurant à Lui et qui prolonge la sienne.

Le philosophe Paul Tillich parlait du peuple chrétien en le qualifiant de « peuple du temps ». C’est-à-dire un peuple qui se constitue, non pas à partir d’un territoire à défendre ou à conquérir, non pas à partir d’un patrimoine à faire fructifier, mais à partir d’une promesse énoncée par Dieu pour tout homme et pour tous les hommes et qui les ouvrent à une histoire. Un peuple que Dieu accompagne par son Eglise, et que Dieu attend au bout du voyage.

C’est cette relation structurante que le peuple chrétien entretient avec le temps, que le prêtre doit prendre en charge dans son ministère. Dans le livre de la Genèse, le monde et le temps ont été créés par Dieu ensemble. Comme le cosmos, le temps est l’œuvre de Dieu. Il est donné par Dieu à l’homme pour se parfaire et se perfectionner, pour « s’accoutumer à Dieu » (Saint Irénée de Lyon). Dieu se donne à nous dans le temps. Il s’y révèle.

Avec le péché, par la mort qu’il provoque, le temps s’arrête. Le temps devient sans issue. Par sa désobéissance, l’homme se prive de Dieu. Toute l’histoire du Salut dans l’Ecriture est sous le signe du rachat du temps grâce à la rédemption du Christ. Le Christ rejoint notre histoire mortelle pour l’ouvrir dès maintenant par sa résurrection à l’éternité de Dieu.

Le prêtre exerce un ministère de sanctification du temps pour nous aider à le traverser, à remplir le temps de sa charité. Le rôle du ministre ordonné est d’ordonner le temps au Christ pour le sauver de son caractère irréversible, irrémédiable, fugace. La venue de Jésus en notre chair a fait entrer l’éternité de Dieu en notre histoire. La liturgie que le prêtre préside a pour vocation de transfigurer le temps en histoire sainte. Dans le chronos qui décompte mécaniquement les jours et les heures, se superpose le kairos de la résurrection.

A chaque messe dans notre temps marqué par la finitude, absorbé par notre subjectivité, nos impatiences ou nos désespérances, s’actualise la présence de Dieu. Le Christ se fait alors contemporain de notre histoire et nous faisons nôtre le temps du Christ. Nous entrons dans le temps de Dieu qui est celui de l’éternité et qui fait irruption dans notre histoire. Notre temps est ainsi mis en récit, et pris en charge à partir de l’Evangile.

Le temps que nous figeons dans des photos ou des vidéos. Le temps que nous oublions ou que nous confions au déroulement mécanique de l’horloge et de nos montres. Le temps que nous idolâtrons dans l’utopie des idéologies du progrès ou de la divination. Le temps que nous gaspillons dans la fièvre de l’urgence et du stress, sans continuité, sans construire une histoire. Le temps que nous subissons sans pouvoir infléchir son cours… Bref, toutes les perversions, les immaturités, les illusions que nous entretenons dans notre manière d’habiter et de vivre le temps et d’en user… le prêtre doit en devient le thérapeute, le gardien, le pédagogue.

En célébrant la Pâque du Seigneur, l’année, les semaines trouvent un centre de gravité, son sommet, son assomption en Dieu. Pâques est à la fois un point de convergence vers la plénitude du temps dans le Christ en gloire, et en même temps, un point de départ, de renouveau de notre humanité. Le décompte du temps dans l’année liturgique se fait d’ailleurs à partir de cet événement pascal, rappelé et actualisé en chaque messe, et chaque dimanche.

Le ministère du prêtre atteste de la présence de Dieu qui accompagne notre histoire. De la naissance, il fait une renaissance par le baptême. De la célébration de l’amour lors du mariage, le signe de l’alliance indéfectible de Dieu avec les hommes (Lui qui est l’Epoux fidèle). De la mort, une ascension vers le Ciel lors de la célébration des funérailles. La foi part de l’histoire du salut pour comprendre notre propre existence. Elle devient herméneutique. Le Christ nous éclaire sur la manière d’habiter notre temps, de le comprendre, de le finaliser. Le prêtre est ministre de l’actualité de Dieu : « Il est là », clamait le saint curé d’Ars en brandissant l’hostie. «  Qui a l’instant présent, a Dieu », disait encore Thérèse d’Avila. La suractivité de nos occupations ou l’envahissement des moyens de communication qui nous fixent dans l’instantané (portable, internet), et qui envahissent notre vie quotidienne de plus en plus connectée en permanence, nous empêchent d’être présent à soi-même, aux autres, à Dieu.

Comme le souligne le pape François, le prêtre, lui, doit inscrire son ministère dans le temps long, dans une temporalité qui est celle de l’accompagnement d’une personne ou d’une communauté dans la durée. La Bible offre une représentation spatiale du temps qui souligne cette dimension de persévérance, de constance indispensable à toute maturation. Patriarches et prophètes ont été des marcheurs. Jésus lui-même exercera son ministère comme un pèlerinage qui s’achèvera par la montée vers Jérusalem. Le temps chrétien se présente dans l’Ecriture comme une croissance biologique que rappellent les Evangiles : la semence jetée en terre qui grandit jour et nuit, la graine de moutarde qui deviendra un jour un grand arbre, le levain dans la pâte… Saint Cyprien de Carthage soulignait que crecere (c’est-à-dire croître) et credere (croire) vont de pair. Dieu travaille avec le temps, mais à chaque instant, il faut apprendre à accueillir sa présence, à cueillir sa providence. Comme le disait saint Bède le Vénérable, « renaître chaque jour, de commencement en commencement ».

Le prêtre fait aussi mémoire. Il conjugue la foi d’aujourd’hui à partir d’un événement du passé qu’il explique. Face à l’idée de progrès qui s’est développée depuis le 18ème siècle, le siècle des Lumières, avec l’idée d’un dépassement continuel du passé, d’une sacralisation du nouveau et de la mode, on assiste à la dévaluation du passé, à l’obsolescence de ce qui nous a précédés, à l’oubli des racines. Le chrétien au contraire, ne cesse de faire mémoire. La foi nous fixe à un événement dont l’Eglise n’a jamais fini d’en épuiser le sens : « Faites ceci en mémoire de moi », dira Jésus à la Cène. Croire c’est, à partir du Christ, faire l’anamnèse de l’histoire du Salut qui nous ouvre à un sens, qui offre une orientation à notre temps, qui guérit notre mémoire oublieuse ou blessée. C’est ce que célèbre chaque prêtre quand il reçoit la confession des péchés et offre le pardon de Dieu. Par son entremise, nous sommes réconciliés, non seulement avec Dieu et avec notre prochain, mais aussi avec notre propre passé.

Enfin, la mission du prêtre est de nous rappeler que Dieu cherche et attend l’homme. Dieu se trouve en nous (c’est l’expérience que nous faisons en consommant l’hostie), mais aussi devant nous. «  Je vous précède en Galilée », dira Jésus ressuscité aux siens. La vie chrétienne a rapport à l’espérance. Notre foi est non seulement héritage mais promesse. Cette promesse n’est pas seulement une annonce prophétique d’un avenir meilleur, mais aussi un envoi, une tâche qui s’ouvre devant nous. Il nous faut préparer la venue glorieuse du Seigneur qui nous est rappelée à chaque messe. En ces temps marqués par la désespérance, où tant de personnes sont privées d’avenir ou les défis économiques et environnementaux où les conflits armés grèvent le futur de notre planète, où le consumérisme conduit inexorablement au désenchantement, au repli sur soi, et en fin de compte à la violence, le prêtre est témoin d’espérance. Il propose la miséricorde de Dieu comme un remède pour notre temps. Aussi bas qu’on puisse chuter, on ne peut tomber qu’en Dieu.

La vocation du prêtre est de dire Dieu, de donner Dieu, de donner l’espérance de Dieu. Le prêtre n’a de raison d’être que l’enfantement des âmes à Dieu. C’est sa joie. C’est son labeur. Et pour cette mission, il donne toute sa vie, il donne tout son temps. Il est appelé à remplir son temps de charité pastorale et de confiance en Dieu. Telle est sa prière.

+ Dominique Rey Ordinations sacerdotales et diaconales La Castille, le 24 juin 2018







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