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Un scout de Toulon sur les autels ?

Joël Anglès d’Auriac

  Publié le mardi 3 juillet 2007 , par Françoise Girard

Entre les deux guerres, alors que les totalitarismes rouge et brun étendent leur ombre sur la vieille Europe, les mouvements scouts se voient interdits les uns après les autres : en 1922 en Russie, en 1928 en Italie, en 1936 en Allemagne et en Estonie, en 1939 en Pologne, puis dans tous les pays occupés par le IIIème Reich.

Après l’armistice de 1940, la France est coupée en deux. En zone occupée, le scoutisme entre dans la clandestinité pour poursuivre ses activités. En zone libre où s’est replié le quartier général des Scouts de France, les unités peuvent en revanche continuer à se réunir ouvertement.


Toulon accueille ainsi le clan Saint Martin dans les rangs duquel se trouve un garçon nommé Joël Anglès d’Auriac. Il est né en 1922 à Toulon où il a suivi toutes ses études jusqu’au baccalauréat. Comme l’un de ses frères officier, il souhaite entrer à Saint-Cyr. Mais la débâcle vient perturber ses projets. En 1940, il s’est réfugié au Maroc dans l’espoir que la lutte s’y poursuivrait. Pendant un an, il a été élève au lycée Gouraud de Rabat. Puis il est rentré auprès de son père à Toulon. Il prononce sa promesse au clan le 23 mars 1941. Quelques mois plus tard, on lui confie l’honneur de porter la bannière de la Provence au grand pèlerinage routier organisé vers le Puy pour la France le 15 août 1942.

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- Le pèlerinage du Puy représenté par Pierre Joubert dans le journal Scout de l’époque

A propos de son "départ" (engagement) Routier, il écrit le 15 mai 1943 ces mots qui traduisent son humilité, sa confiance et sa proximité avec Dieu : "Ô mon Dieu, le silence, l’inconnu, l’infini de cette route qui sera ma vie m’accableraient si je n’étais sûr de sentir près de moi Votre Divine Présence ; avec Vous, Seigneur, la Route ne sera plus silencieuse, notre marche sera un long entretien."

Quinze jours plus tard, il reçoit une première convocation pour le service du travail obligatoire (STO). Il commence par faire la sourde oreille, ignore la deuxième convocation mais cède à la troisième. On l’envoie alors à Tetschen-sur-Elbe, dans les Sudètes, où il est affecté à une usine d’armements. Or il redoute de participer à la fabrication d’armes qui pourraient atteindre son frère qui est officier au Maroc. Il se livre à quelques actes de sabotage passif. Surtout, il va entrer en résistance spirituelle contre la nazification des esprits. La JOC se montre alors très active parmi les travailleurs requis, mais les cercles d’études qu’elle anime ne comblent pas ses voeux. Il découvre bientôt la présence de deux anciens scouts. Avec eux, fort aussi du soutien de l’abbé Boinot, un prêtre prisonnier de guerre avec qui il converse à travers les barbelés, et celui, épistolaire, de son aumônier de Toulon, il crée la patrouille Notre-Dame de l’Espérance qui accueille bientôt de nouveaux membres.

Or les nazis ont déclaré la guerre au christianisme. Pie XI n’a-t’il pas condamné le nazisme par l’encyclique Mit brennender Sorge en 1937 ? Mgr von Preysing, Mgr Frings, Mgr von Galen et tant d’autres ne s’opposent-ils pas à leur idéologie ?

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Mgr Von Galen, "le lion de Munster"

Le Dr. Krause avait déclaré le 13 novembre 1933 : "Le seul service divin véritable est celui qui a pour but le culte de la nation (…) Toutes ces revendications, je les résume en un mot : nous rejetons le crucifix". De son côté Hermann Rauschning avait avoué dès 1939 : "Méthodiquement, scientifiquement, avec une logique inflexible, on a entrepris la lutte d’extermination contre tout ce qui était chrétien en Allemagne".

En 1943, le régime nazi décide d’accentuer la persécution anti-chrétienne. Himmler, chef de la police du Reich, déclare le 4 octobre : "Les vrais chrétiens figurent automatiquement parmi nos adversaires : l’ennemi les compte tous dans ses rangs". Le 3 décembre 1943, il promulgue un décret de persécution dont l’existence ne sera révélée que dans les années 1980. Ce texte interdit tout secours spirituel donné par des prêtres français aux travailleurs du STO, et déclenche la recherche de tous les jeunes Français engagés dans l’apostolat sur leur lieu de travail.

Le 3 mars 1944, Joël vient de réunir ses camarades pour fortifier leur engagement chrétien, organiser des visites dans les hôpitaux et mettre sur pied des activités de loisirs. Puis il va trouver le Père Boinot pour se confesser. Il a senti l’étau de la Gestapo se resserrer et veut être prêt. Des mouchards l’ont vendu. Il est arrêté le 10 mars, et la patrouille Notre-Dame de l’Espérance se voit interdire toute poursuite d’activités.

L’acte d’accusation de Joël énonce que "l’inculpé aurait dû comprendre qu’il participait à une grande entreprise qui concernait le monde entier, qu’il ne participait pas seulement à une usine de guerre allemande, mais à la construction d’un monde nouveau. De sa part, c’est donc contraire à la conscience". Cette citation qui met en relief la volonté si caractéristique du totalitarisme d’atteindre et de dominer le domaine de la conscience, éclaire aussi l’opposition radicale entre la foi chrétienne et la volonté nazie de bâtir un monde nouveau.

Condamné pour haute trahison le 20 octobre, Joël doit être décapité le 6 décembre suivant. Sa prière de recevoir la communion avant de mourir peut être exaucée par un prêtre allemand qui témoignera plus tard : "Il me disait "Je suis tout tranquille ; je peux dire que je me réjouis d’aller à la mort, car je vais à Jésus-Christ. C’est Lui qui m’a si bien conduit. Je Le remercie de tout mon cœur. Je n’ai qu’un seul souci, c’est celui de ma famille".

A ses Routiers, il écrit : "Ne soyez pas tristes, je meurs avec le sourire, car le Seigneur est avec moi, et je n’oublie pas qu’un Routier qui ne sait pas mourir n’est bon à rien… Continuez dans la voie que je vous ai tracée. C’est certainement la plus fructueuse et celle qui conduit à la vie la plus belle". Et à ses parents : "Ne soyez pas tristes. Soyez certains que j’accepte l’épreuve presque avec joie et je l’offre pour vous tous… Le Seigneur est avec moi et je vais certainement le voir de plus près. Lui seul est la vie réelle ; le secret de la vraie joie… Ma dernière prière : "Vivez avec le Seigneur. Il est la vie. Adieu…"

Un de ses camarades écrira en 1946 à son père : "Je garde de Joël le souvenir d’un ami, d’un apôtre même. Il est monté à Dieu en offrant sa vie pour nous… Il nous dépassait tous et rayonnait sur nous. Là commence vraiment son apostolat… Que Joël nous protège puisqu’il est parmi les saints de Dieu !"

Sa cause de béatification appartient à celle de cinquante et un chrétiens tués par les nazis en haine de la foi (dont quatorze scouts). Le procès est aujourd’hui suspendu pour des raisons administratives. Pourquoi ne pas prier pour hâter son aboutissement ? Après Marcel Callo, Joël Anglès d’Auriac pourrait ainsi devenir le deuxième scout béatifié. Et pourquoi une unité toulonnaise ne choisirait-elle pas aussi de prendre son nom ?


Antoine Chataignon

A l’occasion du centenaire du scoutisme, vous pouvez participer à l’opération "lever de soleil".











 
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