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"Serviteurs les uns des autres"

  Publié le lundi 30 octobre 2006 , par Yann de Rauglaudre

Homélie lors de la Messe pour les 60 ans du Secours catholique, le dimanche 22 octobre à La Castille.


En ce jour anniversaire de la fondation du Secours Catholique, en ce dimanche de prière pour la mission universelle de l’Eglise, l’Evangile que nous venons d’entendre nous invite à contempler la manière dont Jésus est venu sauver notre monde - la manière dont Jésus se fait serviteur de ses frères.

« Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi mais pour servir ». L’ambition de Jacques et de Jean, fils de Zébédée qui veulent siéger l’un à droite, l’autre à gauche, manifeste leur soif de pouvoir. La tentation de se servir des autres au profit de leurs intérêts, de leur reconnaissance sociale, de leur volonté de domination. « Pour vous, il ne doit pas en être ainsi » nous prévient Jésus.

Alors, de quelle manière Jésus exerce-t-il le service de ses frères ? S’il était membre du Secours catholique du Var ( ?) comment imaginerions-nous son bénévolat ? Il me semble que la diaconie du Christ se rapporte à 5 verbes.

Premier verbe : Voir.

Dans l’Ancien Testament, le Seigneur, dans la scène du buisson ardent (avant de le missionner pour libérer son peuple) s’adresse à Moïse en ces termes : « J’ai vu la misère de mon peuple ». « J’ai vu. » Les contre exemples de cécité fleurissent dans l’Ecriture pour souligner l’endurcissement narcissique du peuple de Dieu. « Ils ont des yeux et ne voient pas, des oreilles et n’entendent pas ». Comme dans l’Evangile, la parabole du Bon Samaritain. Ni le prêtre, ni le lévite n’ont « vu » le malheureux roué de coups, gisant à même le sol. Ils ont passé leur chemin sans le regarder.

Dans sa lettre encyclique « Dieu est amour », le pape Benoît XVI écrit : « Le programme du chrétien, le programme de Jésus est un « cœur qui voit ». La charité commence par les yeux, avant de descendre dans le cœur. La charité est une attention. Pour aider de quelque façon « l’autre », encore faut-il discerner sa présence. Le voir comme Dieu le voit. Avec réalisme, compassion et espérance, avec ses limites (qu’il a sans doute du mal à accepter), mais aussi avec ses potentialités.

Deuxième verbe : Donner

Le Secours catholique rassemble de nombreux donateurs, des bienfaiteurs qui donnent de l’argent, des bénévoles qui donnent de leur temps et qui rendent de nombreux services. Mais qu’est-ce que donner ? Donner, c’est entrer dans le mouvement du don qui caractérise l’action de Dieu, sa nature profonde. Dieu est pur don. Il ne cesse de donner. Et il donne en se donnant. Il est donateur de vie. Il est donateur de sa vie en livrant son Fils unique pour notre salut.

Remarquons que dans la page de l’Evangile que nous avons entendue, Jésus conçoit le service comme un don de soi. « Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. »

A la suite de Jésus, nos gestes de partage, nos actions de bénévolat engagent notre foi en Dieu, en un Dieu qui donne et se donne, et que nous voulons rejoindre par notre propre générosité. Notre prodigalité est un geste sacrificiel qui nous conduit, à l’exemple du Christ, jusqu’à la Croix, jusqu’à vouloir se donner pour le salut de nos frères. Si le don ne nous ampute pas de quelque chose d’essentiel, jusqu’à la souffrance de la perte de soi au profit de l’autre, il n’entre pas vraiment dans le dynamisme de Dieu, Lui qui donne sans compter « aux justes et aux injustes, aux bons comme aux méchants ». Don sans retour et sans restriction.

Pour un chrétien, donner est un geste non seulement éthique, mais cultuel. Et c’est pour cela, que la quête est faite au cœur de la célébration eucharistique. La collecte est un acte liturgique. « Offrez-vous en hostie sainte agréable à Dieu, c’est-là le culte que vous avez à rendre » rappelle l’auteur de la lettre aux Romains. L’aumône, l’offrande (fussent-elles la petite piécette déposée par la pauvre veuve dans le trésor du Temple) matérialise la donation spirituelle de nous-mêmes pour le Seigneur et pour nos frères. Elle « dit » notre amour. Donner en nous arrachant au souci égocentrique, ouvre la voie à la vraie joie. On est heureux en rendant les autres heureux. On est heureux du bonheur des autres. C’est la joie, ouverte par la charité.

Troisième verbe : recevoir

Le don est un geste de justice porté par la charité, mais il a pour condition la réciprocité. En donnant aux pauvres, je reçois à mon tour, j’accueille en retour ce que, lui, a à me donner. Car le pauvre est riche de qualités de cœur qu’il a trouvées dans son dénuement. Son expérience de l’exclusion, de l’injustice, de la marginalité, sa confrontation aride, souvent cruelle, avec la réalité de notre société, le côté problématique de sa vie, le versant noir de son existence….lui ont beaucoup appris sur les autres et sur lui-même. S’il ne s’est pas aigri ou durci par la misère, il s’est en tout cas forgé par l’échec, l’incompréhension, l’insécurité du lendemain, le jugement du regard dédaigneux d’autrui. En rencontrant le pauvre, en donnant au pauvre, j’ai tant de richesses à découvrir, et aussi tant de pauvretés à accueillir : mes propres fragilités auxquelles il me renvoie, mes insécurités, mon péché.

Dans sa rencontre avec la Samaritaine, « au bord du puits », Jésus demande à boire à cette femme tellement blessée dans son affectivité par ses amours successives. « Donne-moi à boire ». Il veut recevoir d’elle, avant de lui communiquer l’eau vive qui la désaltèrera. Jésus accueille avant de donner.

De même, du haut de la Croix, avant de s’éteindre dans un dernier soupir, Jésus criera de nouveau : « donne-moi à boire ». Il dira : « J’ai soif ». Avant de se donner à nous jusqu’à mourir pour nous, il voulait recevoir en son sacrifice chacune de nos existences, chacune de nos humanités blessées, chacune de nos soifs de vérité, de paix, de justice, prise, comprise dans sa propre soif. Nous recevoir avant de se donner à nous.

Jésus en croix épouse le visage défiguré du pauvre, incompris et rejeté des siens. Désormais, on ne peut accueillir Jésus qu’en accueillant le pauvre dont il a voulu partager la condition jusqu’à l’extrême, qu’en accueillant nos propres pauvretés dont il s’est chargé.

Quatrième verbe : relier

Dimanche passé, rappelons-nous la consigne que Jésus donne au jeune riche : « Vends tout ce que tu as, et donne-le aux pauvres ». « Donne tes richesses aux pauvres ». Par cette injonction, Jésus l’invite à entrer dans la dynamique de la fraternité. On ne peut entrer seul dans la vie éternelle, indépendamment des autres, au détriment des autres, peut-être sur le dos de ses frères et sœurs en humanité. On ne peut pas se sauver seul. Si chacun a à donner à l’autre, et si chacun à a recevoir, le Royaume de Dieu est donc une économie d’échange, chacun apportant ses propres dons, ses charismes, ses richesses matérielles ou humaines, à la table du festin. Le Seigneur demandera compte :

- du talent (comme dans la parabole des mines) qu’on n’a pas fait grandir, que l’on a pas multiplié en raison de notre paresse ou de notre négligence.

- Des talents qu’on n’a pas partagés par égoïsme ou qu’on a détournés de leur fin, c’est-à-dire du service d’autrui.

Notre solidarité a pour horizon la communion des saints quand nous acceptons de dépendre les uns des autres, quand chaque membre du corps est relatif au besoin des autres membres, selon la belle comparaison que fait l’apôtre Paul. Nos différences deviennent alors complémentarités. L’Eglise, notre Eglise, est le sacrement, le germe, la prophétie de cette solidarité. Encore faut-il qu’au sein de nos communautés chrétiennes, ce signe de fraternité soit vraiment signifiant et signifié !

Cinquième verbe : restaurer

Lorsque Jésus secourt quelqu’un, sa vie est transformée. Il n’est pas simplement guéri, réconforté, rassuré. Il est sauvé. « Le salut est entré dans sa maison » (Pourrions-nous dire, à l’instar de la rencontre avec Zachée)

Qu’est-ce que la charité ? C’est la foi qui se penche vers la misère humaine. La foi nous « presse » (2 Cor 5) à cette compassion pour rejoindre, pour atteindre, derrière toutes les expressions de la misère et de l’injustice, ce qui en est la source et l’origine, la profondeur mystérieuse du mal dont l’homme est atteint ; ce qui sépare fondamentalement l’homme de Dieu, de ses frères, de sa vocation et de sa dignité originelles, de ce pourquoi il existe, de ce pourquoi il est fait. Sans doute y-a-t-il une part de responsabilité dans les malheurs qui nous frappent, et cette part s’appelle le péché (péché personnel ou structures collectives de péché) mais il y a une tragédie, en laquelle l’histoire de nos vies et l’histoire de l’humanité sont plongées, une tragédie qui n’est pas l’échelle de nos propres vies, que ni la psychologie ni la sociologie, et qu’aucun savoir humain ne peut vraiment comprendre et expliquer. Nos efforts évangéliques d’entraide et de solidarité, sans doute nécessaires, indispensables, butent très vite sur des enjeux spirituels qui ne sont pas de notre mesure. C’est le combat de Dieu. C’est la victoire du Christ en notre vie et dans le monde, au coeur de nos libertés. Notre engagement chrétien doit utiliser les armes spirituelles de cette victoire déjà acquise au matin de Pâques.

Le salut n’est pas à obtenir par notre lutte pour la justice. Le salut nous est acquis. Il nous a été donné par le Christ. Et tout notre effort est de le manifester par notre vie, par notre charité, son avènement, son actualité, la présence vivante de Dieu parmi les hommes, du Royaume au milieu de nous, alors que tant d’hommes et de femmes s’en sentent exclus.

C’est pour cela que notre célébration eucharistique en ce jour, au coeur de cet anniversaire du Secours catholique, prend tout son sens. Nous nous trouvons ensemble autour du Seigneur, pour proclamer que le Royaume est là, autour du Seigneur qui nous partage sa Parole et son Pain, réunis en frères, communiant au même amour, ayant droit à la même grâce, serviteurs les uns des autres.

Notre témoignage est celui d’une communauté de charité, chacun étant unique, chaque vie (depuis sa conception jusqu’à son dernier souffle) étant sacrée, infiniment précieuse. Chacun étant donné à son frère pour le servir et pour le recevoir, responsable de son prochain.

C’est bien ce que nous voulons vivre avec le Christ en allant communier : le Fils unique du Père, le Fils qui se donne pour le salut de ses frères.

+ Dominique Rey











 
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