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Pour un alter-humanisme !

  Publié le jeudi 3 novembre 2011 , par Yann de Rauglaudre

A l’invitation de l’Observatoire sociopolitique du diocèse de Fréjus-Toulon, des économistes chrétiens se sont réunis sur l’île de Lérins les 22 et 23 octobre 2011.

Le lendemain, le cardinal Turckson, président du Conseil pontifical « Justice et paix », diffusait une note appelant à la réforme du système financier international, intitulée « Pour une réforme du système financier et monétaire international dans la perspective d’une autorité publique à compétence universelle ». Cette note invitait les chercheurs à chercher des solutions à la crise économique à la lumière de l’Evangile.


En réalité, il n’appartient pas l’Eglise de se prononcer sur les moyens techniques d’une réforme : « Experte en humanité », elle « ne vise [en effet] qu’un seul but : continuer, sous l’impulsion de l’Esprit consolateur, l’œuvre même du Christ venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité, pour sauver, non pour condamner, pour servir, non pour être servi »1.

C’est dans cette démarche que l’Observatoire sociopolitique du diocèse de Toulon souhaite interpeler les acteurs du G20 qui s’ouvre demain à Cannes [1]. En effet, nous savons que les décisions qui y seront prises ne sont pas les réformes structurelles profondes dont le monde a besoin.

Si la crise économique s’amplifie, c’est qu’elle repose sur de lourdes erreurs structurelles, cachées par un manque de transparence et de vérité. Il serait donc illusoire de penser une réforme financière sans faire la vérité sur l’homme, l’Etat et l’économie.

« L’homme doit être au centre de l’économie et l’économie ne doit pas se mesurer en fonction d’un plus grand profit mais en fonction du bien commun. Elle inclut la responsabilité de l’autre et ne fonctionne vraiment bien que si elle agit de façon humaine dans le respect de l’autre », nous rappelle opportunément Benoît XVI dans l’avion qui le conduisait à Madrid en août dernier.

La crise mondiale est d’abord une crise anthropologique. En effet, si l’économie est un ensemble d’actes humains, portés ou subis par des hommes, l’économie n’agit jamais par elle-même : il n’existe pas « d’être économique ». Affirmer que l’homme doit être au centre de l’économie signifie donc qu’il doit en rester le seul acteur et le maître, sans lui être soumis, ce qui constituerait un manquement à sa condition d’homme. PAUL VI, Lettre encyclique Populorum progressio, 13.

L’économie qui est là pour l’homme ne doit donc en aucun cas porter atteinte à sa dignité. Benoît XVI le précise ainsi : « Elle inclut la responsabilité de l’autre et ne fonctionne vraiment bien que si elle agit de façon humaine dans le respect de l’autre. »

L’économie relève en effet d’actes humains responsables et solidaires. L’interdépendance native de l’homme en société lui confère une responsabilité permanente sur les autres, qui doit le conduire à accepter et à assumer cette solidarité. Être responsable, étymologiquement, c’est répondre à. Cela signifie que nous assumons de rendre des comptes à qui de droit. Ce « qui de droit » étant celui qui est concerné, directement ou indirectement, par mes actes et leurs conséquences.

Assurément, l’acte économique induit par nature une relation, dans laquelle celui qui donne comme celui qui reçoit sont en droit de demander compte de ce qui a été échangé et de la qualité même de l’échange. Ce qui est dû à l’autre dans l’acte économique est à la fois quantitatif (ce qui est échangé) et qualitatif (comment cela est échangé). La responsabilité d’un acte économique porte donc sur l’adéquation entre cet acte et ce qui est dû. Je pose un acte responsable, lorsque j’ai pris soin de cette adéquation. Je porte un acte irresponsable lorsque je n’ai pas pris en considération cette adéquation.

Toute activité économique doit donc avoir pour norme l’adéquation entre ce qui est fait et ce qui est dû. Si la justice est, selon le mot de Benoît XVI, « rendre à chacun ce qui lui est dû », l’économie responsable est donc une économie juste. Se pose alors une double question : Qu’est ce qui est dû à qui ? D’autre part, est-il possible d’être également juste avec tous ceux qui seront concernés par l’activité économique, sans risque de conflits d’intérêts ?

Nous pouvons devoir une chose de deux façons. Soit par contrat, parce qu’on s’y est engagé (comme rembourser ses dettes par exemple). Soit par nature, parce que la chose est due, comme pouvoir manger à sa fin. S’il y a conflit entre les deux justices, la justice ontologique doit passer devant la justice légaliste parce qu’elle touche à la dignité humaine, qui doit constituer la norme ultime de l’économie. En ce sens, l’homme est doublement au centre de l’activité économique : comme norme par sa dignité et comme acteur par sa responsabilité.

Cette norme de la dignité de la personne humaine se rattache directement à la notion de Bien Commun, car l’humanité entière partage la même dignité. Voilà pourquoi le pape précise que « l’économie ne doit pas se mesurer en fonction d’un plus grand profit mais en fonction du bien commun ». Or, sur le terrain, c’est précisément l’adéquation entre l’activité économique et le Bien Commun qui va qualifier moralement l’économie.

En partant d’une définition simple de la morale, qui définit comme bon ce qui me permet d’atteindre mon but et mauvais ce qui m’en éloigne, on pourra définir comme moralement bonne une économie qui sert la dignité humaine et moralement mauvaise une économie qui la dessert. Individuellement, les actes économiques qui participent au Bien Commun sont donc moralement bons, et moralement mauvais ceux qui n’y participent pas. Car fondamentalement ce qui distingue une vraie morale d’une morale fausse, c’est le bien véritable de la personne humaine.

Voilà pourquoi fondamentalement, la crise financière actuelle est une crise anthropologique. Mais pour savoir ce qu’est une économie qui sert l’homme, il convient de discerner ce dont il a besoin pour la promotion et le développement de sa personne. C’est sur ce seul socle éthique que la construction d’un Bien Commun véritable devient possible.

Si les besoins les plus fondamentaux sont communs à tous, les individus sont eux-mêmes différents et ressentent des besoins économiques particuliers. La justice n’est pas l’égalité ni l’uniformité, mais l’équité et la diversité. Ainsi, imposer des besoins économiques standards à l’ensemble de la société est contraire à la dignité de la personne humaine, car cela ne répond plus aux besoins de chacun et nie toute responsabilité individuelle à l’homme. Car la responsabilité ne porte pas sur la notion de dignité humaine, mais sur la dignité de personnes très concrètes.

Dans ce sens, l’imprévisibilité de l’activité économique, liées à la nature de l’homme, comporte de fait un risque évident pour le bien commun. Prévoir ce risque est précisément le rôle de l’Etat, garant du Bien Commun, face aux seuls intérêts privés. Garant, cela veut dire qu’il doit veiller à ce que le bien privé ne se fasse jamais au détriment du Bien Commun, et qu’il lui soit ordonné. Cela veut dire qu’il est le garant de la justice et qu’il doit la promouvoir et la rétablir au besoin.

En ce sens, la responsabilité de l’Etat doit porter à la fois sur la finalité (la promotion de la dignité de la personne humaine) et sur les moyens (respectueux de cette dignité). Obéissant au principe de subsidiarité, l’Etat doit vérifier que chacun tient sa place au service du Bien de tous. Le fondement de la responsabilité se trouve donc dans la personne humaine qui seule pose des actes responsables et choisis. Toute compétence, autorité n’est qu’une délégation de cette responsabilité de la personne humaine.

A travers la loi et son devoir d’éducation à la responsabilité, l’Etat est donc le garant de l’éthique sur laquelle repose l’économie, qui donne à l’acte humain économique sa valeur morale en garantissant l’éthique sous-jacente à l’activité économique.

Et de fait, l’essentiel de la crise que nous traversons repose sur des cadres légaux, donc justes selon le droit de l’Etat, mais injustes au regard du droit de la personne humaine.

Réinsuffler un sens éthique à l’activité économique et la finance ne pourra se faire qu’en changeant d’étalon de mesure.

Réintroduire la finalité veut dire aussi rétablir le temps face à l’immédiateté et l’éphémère. Réintroduire l’homme intégral, c’est-à-dire, le sens de l’économie, humble servante. Réintroduire la responsabilité personnelle, c’est-à-dire la solidarité responsable de chacun. Ce n’est pas un alter-mondialisme, mais bien un alter-humanisme qu’il faut promouvoir. Passer de l’étalon-dollar à l’étalon-homme c’est-à-dire au fond à l’étalon-Christ. Cet étalon de mesure, qui s’exprime dans les valeurs chrétiennes, porte en effet en lui l’autorégulation qui précisément manque au système économique actuel. Cette tempérance chrétienne, que constitue la charité dans la vérité, titre de l’encyclique de Benoît XVI à destination du monde économique (Caritas in Veritate) est en réalité la norme à promouvoir.

Ainsi, la mise en lumière des graves dysfonctionnements du système financier contemporain constitue l’indispensable première étape pour sortir de la crise. Elle exige courage, conversion, renoncement et vérité. Aujourd’hui, nous sommes enlisés dans un système qui craque, tout en restant tétanisés par les conséquences qu’impliqueraient de saines réformes, parce que nous avons substitué la vérité de l’avoir à la vérité de l’être, nous avons identifié l’être et le faire. Nous ne sommes plus ce que nous sommes ontologiquement, mais nous sommes devenus ce que nous faisons et gagnons économiquement. Nous ne sommes plus nous-mêmes, mais ce que socialement nous avons revêtu comme masque. Et ce précisément parce que ce n’est plus l’homme qui fait l’économie, mais l’économie qui fait l’homme.

Il ne s’agit pas cependant de diaboliser le monde économique ou l’Etat, mais de réordonner les choses au Bien Commun, chacun à sa place, tenant son rôle. Ordonner signifie en effet remettre à sa place chaque pierre de l’édifice. Mais pour ordonner, il faut savoir où l’on veut aller et d’où l’on part.

Changer durablement et adéquatement, c’est-à-dire de façon juste, le modèle économique, ne pourra néanmoins se faire qu’accompagné ou précédé d’un changement de modèle anthropologique qu’il appartient au politique de promouvoir. Les responsables politiques doivent, avant tout autre chose, renouer avec la vérité de l’homme.

En effet, l’Etat, garant de l’éthique économique est devenu acteur économique : technicien, gendarme, pompier. En ce sens, l’invitation du G20 à « réguler » le système et non à le réformer est assez révélatrice du niveau auquel les hommes politiques situent désormais l’Etat. Mais, compte-tenu de la mondialisation, la mise en place d’un modèle économique nouveau, reposant sur une éthique commune au service de l’homme et garanti par l’Etat, supposerait l’émergence d’une Autorité supérieure aux Etats, ainsi que le préconise le Conseil pontifical « Justice et paix ». Autorité dont la forme demande encore à être étudiée.

Cela implique de mener une triple réflexion : sur l’homme, sur la place de l’Etat et enfin sur la finance et donc l’économie en général. Pour l’Eglise, il convient en effet de « ré-ordonner » le monde à sa fin ultime, la vie intime avec son Créateur. Or, si curieux que cela puisse paraitre, cela passe par un ordonnancement de l’agir humain dans la société. Les deux premiers commandements (« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu » et « Tu aimeras ton prochain comme toi-même »), qui sont semblables, doivent nous amener à penser que le devoir de responsabilité que nous avons l’un vis-à-vis de l’autre, s’il vise au développement intégral de sa personne, constitue fondamentalement un acte de charité envers le prochain et donc envers Dieu.

Là se trouve la clef de voute de toute réforme financière, l’articulation de la civilisation de l’amour, fondée sur l’étalon-Christ, sise et ouverte sur Dieu.


[1] NDLR : l’article a été produit lors d’une conférence de presse le 2 novembre 2011






Déclaration à l’issue du colloque de Lérins
Considérations sur la réforme de la monnaie et du système bancaire.

www.placedeleglise.fr

 




 
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