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En effet, ta charité m’a déjà apporté
beaucoup de joie et de réconfort,
car grâce à toi, frère,
les cœurs des fidèles ont trouvé du repos.

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Politique d’abord ?

  Publié le mardi 4 décembre 2012

« J’ai juré de vous émouvoir, d’amitié ou de colère, qu’importe ! » Georges Bernanos


Par Falk van Gaver, délégué de l’Observatoire sociopolitique du diocèse de Fréjus-Toulon

Du ravi avant toute chose

Il n’y a pas que Charlie Hebdo, il y a aussi Le Ravi…

Mais d’abord, une brève précision, pour nos amis nordistes peu au fait des coutumes provençales. « Lou ravi » est un personnage incontournable des crèches provençales.

Voici comme nous le présente une encyclopédie en ligne bien connue : « Il lève les bras au ciel en signe d’émerveillement devant le miracle de la Nativité. C’est le langage du corps bien connu des Méditerranéens, pas besoin de parler pour exprimer ce que l’on ressent, le corps "prend" la parole. La joie du ravi est démonstrative et communicative, il prête à rire avec ses bras en l’air et sa tête d’étonné. Le ravi est un personnage attachant, on dit qu’il est un "simple d’esprit". Autrefois on disait que chaque village avait son "idiot du village", son fada (qui signifie littéralement "possédé par les fées"). Il est en extase (on décrit l’extase comme "l’âme qui rencontre Dieu"). Il ne peut offrir que sa présence mais son "ravissement" à la vue de la naissance de Jésus en fait un homme bon. Dans le village, il s’occupe de menus travaux (à l’intérieur du mas ou dans les champs), c’est un personnage des plus modestes qui vit dans la crèche. C’est un naïf. Il est habillé simplement, un bonnet sur la tête. Il n’apporte rien sauf sa joie, il ouvre son cœur, il nous montre le chemin du bonheur dans la simplicité. On peut lui associer "la ravido" (la femme ravie) et l’étonné (valet que l’on représente penché à la fenêtre du mas) dans le même état de ravissement que le ravi. Mais les puristes diront que seul le ravi est indispensable et même obligatoire dans toute crèche provençale. »

Quel rapport avec l’hebdomadaire caricaturiste caricatural ? Le Ravi est également le nom d’un mensuel satirique publié en région Provence-Alpes-Côte d’Azur qui chaque mois publie une « grosse enquête » résolument offensive : au menu, bien souvent, l’extrême-droite, l’Eglise, l’extrême-droite et l’Eglise, l’Eglise et l’extrême-droite, l’extrême-droite dans l’Eglise, etc., ad nauseam.

Telle leur livraison n°101 de Novembre 2012 sur « Les fous de Dieu », une « Enquête co-produite avec Golias Magazine », « revendiquant le droit inconditionnel à la caricature. » Le lecteur curieux, catholique de surcroît, se dira : « Tiens, quelque chose de croustillant à se mettre sous la dent… »

Une « grosse enquête » à grosses ficelles

Las ! Si l’on s’en prend allègrement à notre évêque, Mgr Dominique Rey, dont la mitre est annonciatrice de « bons coups de crosse réactionnaires », à notre vicaire général, Mgr Jean-Yves Molinas, dont le crime est de ne pas avoir honte d’être pied-noir, et à quelques-uns de leurs confrères, ainsi qu’à votre serviteur, « responsable et délégué » (tiens, une inexactitude, mais on n’en est pas à une près : je ne suis ni responsable ni coupable, délégué seulement) de l’ « "Observatoire sociopolitique", une officine chargée de rédiger des argumentaires extrêmement conservateurs », il manque des faits, des faits, des faits, et l’on reste sur sa faim, malgré la ribambelle d’épithètes bariolées dont sont affublés nos prêtres et prélats : « réacs », « intégristes », « traditionalistes », « ultra-conservateurs », j’en passe et des meilleures. Ah oui, j’oubliais « homophobe », pour faire bonne mesure.

L’idée générale de l’article est d’amalgamer des informations disparates pour donner le sentiment d’une collusion générale dans la Var et la PACA, et plus particulièrement à Toulon et Avignon, entre l’Eglise et la droite et l’extrême-droite locales.

Petit florilège, sous le titre « Au rayon des bondieuseries réacs », dû à la plume imaginative de Jean-Baptiste Malet, enquêteur moins talentueux mais non moins fictif que son homonyme de papier…

Mgr Dominique Rey, « ce pourfendeur d’Halloween et du Téléthon incite désormais les ouailles de son diocèse à manifester leur repli identitaire, que ce soit par l’aide à l’implantation de « communautés nouvelles » étrangères , ou via la reprise de pratiques d’antan. »

D’autres folles révélations ? « A Toulon, au cœur du centre-ville ravagé, le port militaire assiste à une poussée communautariste en pleine expansion. » L’angoisse étreint le lecteur toulonnais ! De quoi s’agit-il ?

Rien de moins que de la « paroisse personnelle » de l’Abbé Fabrice Loiseau, dit aussi « Batman », dont les « Missionnaires de la miséricorde divine » « pratiquent ostensiblement l’évangélisation de rue et n’hésitant pas à sortir de leur église pour pratiquer leur culte. » Fini le temps où « la famille "progressiste" » invitait l’Eglise à sortir des églises en chantant : « Allez-vous en sur les places et sur les parvis ! » Maintenant il faut se cloîtrer chez soi, crime de lèse-laïcité oblige ! Pensez donc : « A cela s’ajoutent des processions sur le port, dans les rues, et des happenings engagés… » Autres crimes en vrac de notre prélat, auquel Mgr Jean-Pierre Cattenoz, archevêque d’Avignon et « caricature sur pattes », est associé : la défense de la vie, le ralliement à Rome des « tradis » via les communautés « Ecclesia Dei », le parc de voiture épiscopal, et, et, et ?

Ah bon, ce n’est que cela ? Nihil novi sub sole, au risque de me répéter. Nous n’allons pas disputer davantage. Du « traditionalisme », du « progressisme » et autres « ismes »… On le sait bien : « Tout commence en mystique et tout finit en politique. » Dixit Charles Péguy du « dreyfusisme » dont il fut un ardent militant.

Tout ce dossier reflète un travers bien français, et dont les « cathos de droite » comme les « chrétiens de gauche » sont bien trop atteints, celui de la « politisation » à tout crin, de tout lire à travers des lunettes politiques, de tout réduire à la politique et la politique elle-même à la « politicaille ». Jean-Baptiste Malet est un symptôme d’un mal qui nous touche, celui de l’obsession politique, du « politique d’abord » qui fut le grand slogan du 20e siècle, tous partis confondus. (En titrant « Politique d’abord ? » je savais que j’attirerai comme des mouches tous ceux que ronge cette maladie de l’âme, et tant mieux, c’est à eux que je m’adresse d’abord !...)

Le temps n’est pas à une « repolitisation », pas plus qu’à une « dépolitisation », il est à une spiritualisation. Ce n’est que sur le roc d’un renouveau spirituel, mystique, prophétique, que le christianisme pourra proposer une véritable révolution économique, politique, sociale, cultiver la charité et bâtir la civilisation de l’Amour.

Et tout le reste n’est que caricature.

Personne ne peut aimer l’Eglise

Caricature l’Eglise vue sous son aspect strictement institutionnel. Caricature Jean-Baptiste Malet si l’on oublie en lui le prochain, le frère. Caricature moi-même si l’on regarde mon nez de travers. Au risque d’oublier l’âme, dans tout ça.

« Personne ne peut aimer l’Eglise en tant qu’institution, pas plus qu’on ne peut aimer la General Motors ou l’IRS . » Ce n’est pas Christian Terras, fondateur de Golias et « chrétien insoumis », qui dit ça, mais un grand prélat, américain de surcroît : Mgr Charles Chaput, archevêque de Philadelphie. Je ne sais pas dans quelle géhenne réactionnaire le rangerait le fameux « Trombinoscope » des évêques de France si « L’empêcheur de croire en rond » venait à s’en prendre à leurs confrères d’outre-Atlantique, mais je ne peux que souscrire pleinement à son allocution du 17 novembre dernier au « Catholic Life Congress » de Philadelphie. Sortons un peu de nos contrées franco-varoises, respirons l’air du Nouveau Monde.

« L’Eglise a des formes institutionnelles parce qu’elle a besoin de travailler dans les structures juridiques et matérielles du monde », poursuit notre ami américain. Mais avant tout l’Eglise, « famille et communauté de foi », est une réalité mystique – ce qui ne veut pas dire strictement immatérielle -, « communion des saints » qui nous transcende, nous et toute notre pâte humaine, et ne nous appartient pas : « L’Eglise est "Son" Eglise – l’épouse de Jésus-Christ – et pas "notre" Eglise dans le sens que nous la possédons ou que nous avons le pouvoir de réécrire ses engagements. »

Un grand évêque du troisième siècle, saint Cyprien de Carthage, a dit : « Vous ne pouvez pas avoir Dieu pour Père, si vous n’avez pas l’Eglise pour mère. » L’Eglise est notre mère, certes sujette à critique dans son humanité comme toute mère, mais nous n’en avons pas d’autres. L’Eglise est avant tout communion des saints, communion à la sainteté, communion au Dieu (trois fois) saint : « Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint. »

Cette sainteté, le monde nous la crie, et les enquêtes du Ravi et les lazzi des députés et les « unes » mêmes les plus blasphématoires de Charlie Hebdo, comme l’homme de Capharnaüm « tourmenté par un esprit mauvais » : « Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais fort bien qui tu es : le Saint, le Saint de Dieu. »

Et le ravi dans tout ça ? Justement ! A l’opposé même de l’esprit de dénigrement, le saint est un ravi, une manière d’idiot de village dostoïevskien, un ravi de la crèche – et nous en sommes et voudrions en être davantage et vous invitons tous à être des ravis et ravies de la crèche. Si tous les ravi-e-s du monde voulaient lever les mains au ciel, ils perdraient moins de temps à se battre comme des chiffonniers, à mains nues ou armés ou par écrans et journaux interposés…

« On ne comprend absolument rien à la civilisation moderne si on n’admet pas d’abord qu’elle est une conspiration universelle contre toute espèce de vie intérieure », prophétisait Georges Bernanos . Et ce qui est vrai de la modernité l’est encore plus de la postmodernité, confirme Mgr Chaput par ici : « En un sens, notre pouvoir économique et politique, notre dépendance au confort, à la consommation et au divertissement, nous ont rendus stupides. »

Sainteté d’abord

Ce n’est rien moins que ce défi de l’ultramodernité que le christianisme doit affronter et féconder, nous dit Charles Chaput : « Nous devons être plus que des mainteneurs de vieilles structures. Nous devons être des missionnaires. » « Nous devons apporter Jésus-Christ au monde entier, et le monde entier vers Jésus-Christ. Notre mission découle directement de la vie intérieure de la Trinité. Dieu a envoyé son Fils. Le Fils envoie son Eglise. Et l’Eglise nous envoie. »

Il n’y a a pas d’autre remède, d’autre planche de salut, d’autre porte de sortie que par le haut, que par la sainteté, nous dit l’évêque : « L’Eglise a beaucoup de bonnes raisons pour lesquelles les gens doivent croire en Dieu, et croire en Jésus-Christ et croire en la beauté et en l’urgence de sa mission propre. Mais elle n’a qu’un seul argument irréfutable en faveur de la vérité de ce qu’elle enseigne – l’exemple personnel de ses saints. »

C’est depuis deux mille et douze ans cette année encore l’heure des saints, nous redit Bernanos : « Car l’heure des saints vient toujours. Notre Eglise est l’église des saints. Qui s’approche d’elle avec méfiance ne croit voir que des portes closes, des barrières et des guichets, une espèce de gendarmerie spirituelle. Mais notre Eglise est l’église des saints. Pour être un saint, quel évêque ne donnerait son anneau, sa mitre, sa crosse, quel cardinal sa pourpre, quel pontife sa robe blanche, ses camériers, ses suisses et tout son temporel ? Qui ne voudrait avoir la force de courir cette admirable aventure ? Car la sainteté est une aventure, elle est même la seule aventure. Qui l’a une fois compris est entré au cœur de la foi catholique, a senti tressaillir dans sa chair mortelle une autre terreur que celle de la mort, une espérance surhumaine. »

Et Mgr Chaput renchérit : « La seule chose qui importe, c’est d’être un saint. C’est ce que nous devons être. C’est ce que nous devons devenir. Et si nous pouvons servir Dieu par le témoignage de notre vie en allumant le feu de la sainteté à nouveau au cœur de Philadelphie, alors Dieu fera toutes choses nouvelles – dans notre Eglise, dans nos familles et dans notre pays. » Philadelphie , c’est ici et maintenant, dans chacun de nos cœurs, dans chacune de nos vies. C’est être hic et nunc des saints, des saints de l’Eglise, l’Eglise des saints.

Et tout le reste n’est que caricature.

Falk van Gaver







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