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La vie de Joseph : une vie déployée dans un silence d’offrande

  Publié le mardi 28 mars 2006 , par Mgr Dominique Rey

Homélie donnée pour la fête de Saint-Joseph le 18 mars 2006 à Cotignac


Joseph et Marie sont fiancés...

Joseph et Marie sont fiancés. Ce qui implique chez les Juifs un engagement définitif. Un engagement tellement définitif, que si la fiancée comment une faute, elle paiera son infidélité par la lapidation.

Mais Marie attend la naissance de Jésus. Elle porte dans son sein la Vie de Dieu et Joseph ignore tout de sa grossesse. Or, voici le moment précisément, où, selon la coutume, la mariage doit être conclu, le moment où, selon la tradition juive, le fiancé emmène sa fiancée dans sa maison.

C’est alors que Joseph découvre que Marie est enceinte. Stupéfaction, doute, incompréhension l’assaillent. Comment expliquer cet événement ? Il est d’une part convaincu par toutes les fibres de son être que Marie est innocente. Elle n’est pas femme à l’avoir trompé, à s’être livrée à l’adultère. Elle est bien trop pure, trop chaste. Et c’est bien pour sa virginité, son intégrité morale tout autant que physique, que lui, Joseph, l’a choisie.

Qui a porté la main sur elle ? Qui a commis ce sacrilège ? Il pourrait l’interroger. Il pourrait s’enquérir, s’informer. Mais cela contrevient totalement à la délicatesse de son amour pour sa fiancée. Toute question pourrait sembler être un manque de confiance, une suspicion, une brèche à cette affection unique qu’il lui porte, et que Dieu a scellée dans son cœur amoureux.

Joseph veut épargner Marie, ne pas la déshonorer. Alors il prend le parti du silence. Il ne posera aucune question. Celles-ci seraient désobligeantes. Elles seraient de trop. Joseph renverra donc en secret Marie afin de ne pas la diffamer. Il décide de la répudier en secret. En effet, le mystère de cet enfantement lui échappe. Cet engendrement ne peut être que le fait de Dieu. Plongé dans cette énigme qui est pour lui une tragédie, Joseph laisse Dieu passer devant lui. Sa compréhension de ces événements est réduite à l’impuissance. Dans la nuit, Joseph fait confiance jusqu’au bout.

Marie, elle, connaît le drame. Elle le vit doublement, en elle-même et pour celui qu’elle aime Elle devine ou pressent l’interrogation qui tiraille le cœur de Joseph. Elle comprend même peut-être sa douleur, sa stupeur, son silence.

Marie reste muette. Parce qu’elle aussi, porte en son cœur et sa chair, le secret de Dieu. Parce que Dieu a posé la main sur elle, et parce que ce secret ne lui appartient pas puisqu’il résulte d’une élection divine, elle se doit de le garder, de le protéger. Elle cache ce secret dans son propre silence.

Et pourtant, dans l’état de grossesse dans lequel elle se trouve, elle a besoin de la protection de Joseph, de sa présence. Si elle est physiquement séparée de lui, on la taxera d’adultère. Sa vie sera en danger.

Deux silences amoureux l’un de l’autre.

Voilà l’immense drame de ces deux êtres qui se vouent un extrême amour mais dont l’intervention de Dieu crucifie le cœur. Deux silences amoureux l’un de l’autre. Deux silences qui circulent l’un dans l’autre. Deux silences qui sont déchirés l’un par l’autre, et dont Dieu seul connaît l’issue. Cette issue c’est l’intervention de Dieu : lorsque Joseph endormi, entendra en songe les paroles de Dieu : « Joseph, ne crains pas de prendre Marie ton épouse, car ce qui est né d’elle est le fruit de l’Esprit-Saint. » C’est alors que Joseph surgira de son sommeil, après avoir traversé l’abîme de la pauvreté intérieure, (de consentir à être détaché de Marie qu’il aime à cause du projet de Dieu sur elle), sa fiancée lui est redonnée d’une autre manière, d’une manière inouïe, inconcevable pour lui. Elle lui est donnée comme mère du Sauveur. Marie et Joseph, après avoir renoncé l’un à l’autre, au nom de Dieu et pour Lui, vont se retrouver désormais unis pour l’éternité, unis précisément en cet enfant miraculeux, en cet enfant qui est la Providence de Dieu, puisqu’il consacre leur double virginité, et qu’il devient la raison de leur amour. Ils devront l’élever ensemble, lui apprendre son humanité et sa judaïté, afin de le donner au monde pour son salut. Ils considèrent alors l’un l’autre la prodigalité de Dieu à leur égard. La magnanimité de sa miséricorde divine. Sa bonté infinie qui s’incarne dans le don de ce fils qui va leur être confié.

Le silence de Joseph

En relisant ces pages lumineuses du début de l’Evangile, je vous invite, frères et sœurs, à contempler ce silence de Joseph. Ce silence qui fut traversé par l’incompréhension, l’incertitude d’une possible trahison, mais auquel son amour n’a jamais voulu consentir, ce silence du doute et qui a miné son cœur.

Je pense à tant de drames intérieurs, jamais avoués et qui rongent du dedans la confiance et la paix du cœur. A ces mutismes qui enveloppent tant de non-dits, de blessures d’amour, d’incompréhensions à l’intérieur des couples, qui brisent des familles, séparent des amis, et qui peuvent nous conduire, à cause du sentiment d’injustice ou de frustration, jusqu’à la colère, la violence, à la haine.

Il est des silences que l’on garde en soi, peut-être par pudeur ou par gêne, quelquefois par culpabilité. Parce qu’il est des tragédies que l’on ne s’avoue même pas à soi-même, des tribulations que les mots sont incapables de verbaliser et d’exprimer de vive voix. Peut-être aussi que l’on a trouvé ni confident assez sûr, ni ami assez proche pour qu’il puisse porter avec nous notre secret, en rejoignant notre silence, et communier à notre douleur profonde.

Oui, Joseph est pour nous en ce jour, un exemple. Son silence s’est dénoué en Dieu. En Dieu, il s’est dénoué en victoire. Son combat intérieur s’est résolu à cause de sa confiance. Son combat n’a jamais entamé sa foi, mais l’a au contraire purifiée, rabotée, ajustée, simplifiée. Dieu a fait en lui le travail que lui, Joseph, exerçait pour autrui : le travail du charpentier. Le Seigneur voulait éprouver sa fidélité, transformer son silence d’inquiétude et de désolation en silence d’adoration et d’oblation, sa plainte cachée en jubilation intérieure. En raison de l’incarnation, pour que Joseph soit le père adoptif et nourricier dont Jésus avait besoin, Dieu se devait de vérifier la fidélité de Joseph. De la passer au creuset d’un abandon plus profond, plus plénier.

Joseph, pour nous est le témoin d’un exode : celui d’un cœur qui affronte les tempêtes intérieures jusqu’au calme rivage de l’abandon filial. Il est l’icône d’un être réconcilié et disponible qui s’est remis entièrement entre les mains de Dieu. Un être qui ne s’est jamais révolté contre les chemins mystérieux par où Dieu le fait passer. Un être qui a cru, jusqu’au bout, un être qui ne s’est pas dérobé.

Nous avons besoin nous aussi, de cette transmutation. Dans le silence de l’hostie consacrée que nous recevrons dans quelques instants, le Christ vient rejoindre et changer ce que nos mots sont incapables de dire à soi-même ou à autrui, nos agitations intestines qui taraudent nos cœurs, qui conduisent certains à une forme d’insurrection, à la dépression, souvent à la rancœur.

Tout le reste de la vie de Joseph s’est déployé dans ce silence d’offrande. Il est resté à jamais silencieux. L’Evangile ne rapporte aucune parole de lui. Il est le « docteur du silence ». Il a vécu en silence. Il est mort en silence. Cette sainteté « sans éclats » (Bossuet), j’ajouterais « sans paroles », nous enseigne le silence par son silence. Silence d’effacement devant Jésus, la Parole éternelle de Dieu faite chair. L’inouï du don qui lui est fait, réclame l’admiration muette, le retrait. Tout discours serait de trop. Il n’y a rien à dire et rien à rajouter face à cette Parole unique que Dieu lui a confiée. Elle se suffit à elle-même. Elle suffit à Joseph. Jésus lui suffit.

Jésus aime ce père terrestre que le Père céleste lui a donné et qui en est comme « l’ombre », le sacrement discret et docile du Père des Cieux. Jésus aime le silence de Joseph en lequel il se cache et se repaît durant sa vie à Nazareth. Le silence de Joseph enveloppe et protège son propre silence, et la vie cachée de Jésus s’enfonce dans ce silence, fait d’écoute et d’obéissance à la volonté de Dieu. C’est le milieu nourricier qui va porter la croissance de son humanité.

A notre monde bruyant et bavard, Joseph se fait l’avocat du silence de Dieu. Ce silence est cette plénitude de présence et de paix qui investit le cœur de celui qui s’abandonne entre les mains du Père.

+ Dominique Rey Cotignac, le 18 mars 2006











 
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