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LES ENJEUX DU « MARIAGE HOMOSEXUEL »

  Publié le vendredi 14 septembre 2012 , par Falk Van Gaver

Le philosophe Thibault Collin a récemment publié un livre remarquable sur Les lendemains du mariage gay[1], posant avec clarté et mesure les questions centrales soulevées par cette éventuelle évolution de la législation sur un enjeu fondamental pour la société : Va-t-on vers la fin du mariage ? Quelle place pour nos enfants ? Lecture.


Par Benoît Labre

Avant tout, il faut arrêter de parler de mariage homosexuel, de droit au mariage pour les homosexuels. Les homosexuels ont déjà le droit de se marier, comme tout le monde, comme les hétérosexuels, comme les bisexuels. Personne n’est empêché de se marier pour cause d’homosexualité. N’importe qui peut aujourd’hui se marier avec une personne de sexe opposée. De plus, n’importe quel homosexuel peut faire un enfant avec une personne de sexe opposé et le reconnaître pour sien, même hors mariage. Un maire ne marie pas des homosexuels, des hétérosexuels ou des bisexuels, il marie deux personnes de sexe opposé, il marie un homme et une femme, parce que constitutivement le mariage suppose la possibilité de l’engendrement, de la paternité et de la maternité, de la filiation, parce que le mariage fonde une famille – et le maire remet un livret de famille aux jeunes mariés, pas un livret de mariage. Il est tout aussi inadéquat de parler de mariage hétérosexuel, car ce n’est pas la sexualité, l’orientation sexuelle qui fonde le mariage et la parenté, mais le sexe. On glisse ainsi d’un mariage institution, fondateur de la famille, à un mariage reconnaissance légale de toute orientation privée. Il faut donc parler d’ouverture du mariage civil aux personnes de même sexe et non de droit des homosexuels au mariage.

Ouvrir le mariage civil aux personnes de même sexe est-il juste ? Si, dans quelques mois, le mariage civil est ouvert aux personnes de même sexe, très concrètement qu’est-ce que cela va changer dans notre société ?

Soyons concrets. A la fin de la cérémonie du mariage, le maire remet un livret de famille aux époux. Il y est actuellement écrit époux et épouse. Seront-ils remplacés par deux fois le terme conjoint ? Ensuite viennent les déclarations de naissance des enfants. L’ouverture du mariage aux personnes de même sexe implique donc structurellement l’ouverture de la filiation à ces mêmes personnes.

Les termes de couple homosexuel et de famille homoparentale n’ont aujourd’hui aucune existence légale, juridique, administrative. Ce sont des termes qui relèvent du registre militant ou de la description sociologique - les deux souvent intimement mêlés, puisque la revendication homosexuelle s’appuie sur la qualification sociologique pour réclamer l’enregistrement légal, ce qu’illustre l’expression rhétorique « égal accès au mariage pour tous les couples ». Or la notion de couple renvoie à deux réalités qui ne se recoupent pas forcément : d’un côté, un fait humain privé, le lien amoureux entre deux personnes ; l’autre, un fait civil établi par un tiers, l’Etat. Fait civil qui peut-être aujourd’hui le mariage ou le Pacs. La différence est que le mariage implique constitutivement la présence possible de l’enfant et non le Pacs ; il y a donc dans le mariage articulation entre lien conjugal et lien de filiation, alors que le Pacs s’identifie au seul lien entre les deux partenaires (pas forcément un « couple », d’ailleurs).

Poser la question de l’ouverture du mariage civil aux personnes de même sexe revient donc à poser la question de la filiation « monosexuée » ou « pluriparentale ». C’est-à-dire que deux hommes ou deux femmes ne pouvant avoir de relations sexuelles fécondes devront nécessairement avoir recours à un tiers via la technique médicale ou l’adoption. Quelle sera la place de ce tiers dans le devenir de l’enfant ?

Première hypothèse. Soit elle sera niée, comme actuellement dans l’anonymat du donneur de gamètes pour la fécondation artificielle ou dans le régime de l’adoption plénière. La législation installera alors l’enfant de couple de même sexe dans une filiation « monosexuée ». Il aura deux papas ou deux mamans, en sachant qu’au mieux seul l’un de ses deux parents sera son géniteur. Il sera donc privé, contrairement aux autres enfants, d’un père ou d’une mère. Et quid s’il veut savoir qui est son père ou sa mère biologique ? On sait déjà les difficultés des enfants adoptés qui veulent souvent un jour retrouver leurs parents biologiques. Ne serait-il pas injuste de répandre cette difficulté ? De plus, dans le cas d’un couple d’homme, il y aura de toute façon un tiers, la mère porteuse – car l’ouverture du mariage civil aux personnes de même sexe légitime ipso facto la revendication du dispositif de la « gestation pour autrui ». Il faut bien appréhender ici tout ce qu’apporte au projet de « mariage gay » la technologie médicale de la procréation assistée, déviée de son sens premier (remédier à une maladie, la stérilité) pour servir le « droit à l’enfant » de tous.

Deuxième hypothèse. Soit la place du tiers sera honorée (géniteur ou génitrice, porteuse), ce qui implique de sortir du système actuel dans lequel il n’existe que deux parents de sexe opposé. Comment aménager la place du géniteur ? Faut-il l’intégrer comme membre du projet parental ? Serait-il mentionné dans le livret de famille ? L’Etat créerait alors un cadre dans lequel l’enfant aurait plusieurs parents qui n’auraient pas tous la même place et la même signification. Ce serait la filiation « pluriparentale », non plus la copie « homosexuelle » du couple et de la famille traditionnelle, mais l’explosion du couple et de la famille, une forme de polygamie. Bref, c’est la statut monogamique du mariage qui serait logiquement remis en question par la « pluriparentalité ».

Bref, pourquoi limiter à deux le nombre des partenaires ? Le mariage civil est-il encore pertinent ? Né d’une rivalité mimétique entre l’Eglise et l’Etat pour régenter la vie intime des gens et structurer le social, institution sacrée devenue en deux siècles contrat révocable à souhait, pourquoi ne pas en tirer toutes les conséquences et changer de paradigme ? Inventer un contrat de vie commune révisable, modulable à x partenaires qui offrirait un cadre souple à une vie commune fluide et ouverte à tous les possibles ? Remplacer le mariage civil par « une « union civile » contractuelle, une sorte de Pacs généralisé, amélioré, raffiné, souple et ajusté entre les partenaires de sexe ou de nombre non imposés », comme le réclamait le philosophe de la déconstruction Jacques Derrida juste avant sa mort, tout en signant quelques mois auparavant le Manifeste pour l’égalité des droits dans lequel est posée la revendication homosexuelle au mariage et à l’adoption ? Ainsi les « multiparents » auraient la liberté de définir à plus de deux adultes, de définir un projet de vie pour leur enfant… Pourquoi ne pas légaliser la polygamie successive et simultanée ? En laissant la vieillerie bizarre du mariage aux incongrus fidèles de l’autel ?

Pourquoi pas ? Mais la charité nous presse, et nous devons dire à temps et à contretemps la vérité sur le mariage et la famille et nous soucier de l’avenir de notre société et de ses enfants !

On nous dit que l’accès de tous au mariage est démocratique, puisque égalité et liberté, que s’y opposer est ipso facto antidémocratique, homophobique, et n’a pas voix au chapitre, donc la cause est entendue, fermons le ban, pourquoi même voter et discuter ? Dès qu’une revendication est déployée au nom de la lutte contre la discrimination et pour l’égalité des droits, elle apparaît comme juste et ne doit donc pas faire l’objet d’une délibération. Etrange conception de la démocratie en fait qui prétend à marche forcée écarter la délibération démocratique… Pourquoi, en effet, ne pourrait-on pas imaginer qu’au terme d’une délibération ouverte, la majorité des citoyens choisisse de reconnaître comme définition et comme limites légales du mariage celles qui lui paraissent justes ?

Il nous faut donc poser clairement notre question, politique et sociale : est-il juste d’ouvrir le mariage civil aux personnes de même sexe ? Le refuser est-il une discrimination, une injustice ?

Selon le Conseil de l’Europe, norme suprême en la matière pour ce qui nous concerne, il y a discrimination lorsqu’un individu ou un groupe se voit, sans justification adéquate, moins bien traité qu’un autre. Alors, c’est entendu, les couples homosexuels seraient discriminés par rapport aux couples hétérosexuels. Mais attention, le Conseil dit aussi qu’il y a aussi discrimination lorsque sans justification objective et raisonnable, les Etats n’appliquent pas un traitement différent à des personnes dont les situations sont sensiblement différentes. Alors, couple de sexe opposé et couple de même sexe, situations similaires ou sensiblement différentes ? Avec le mariage pour les premiers et le Pacs pour tous les autres, la France discrimine-t-elle sans justification adéquate, objective et raisonnable ?

On pourrait aussi parler de la dilution de la parenté c’est-à-dire paternité et maternité dans la « parentalité », néologisme militant lié aux revendications « gays », comme celle du mariage (mari/femme, époux/épouse) dans la conjugalité (conjoint/conjoint)

Nous n’allons pas ici analyser toute l’évolution de la désinstitutionalisation du mariage et de sa privatisation inhérente à la modernité libérale mais simplement dire pourquoi il n’est pas juste de marier deux personnes de même sexe. Une telle loi engendrerait une injustice de l’Etat envers les enfants dont la filiation les priverait de biens fondamentaux ; l’Etat, garant de l’ordre de la filiation, exercerait une violence symbolique objective sur les enfants en autorisant ce nouveau lien juridique. Soit les enfants nés au sein de ces configurations homosexuelles seraient privés d’une double ascendance paternelle et maternelle ; soit ils seraient confrontés à la multiplicité des ascendants ayant permis leur procréation. En étant le produit d’un projet parental technologiquement assisté et déconnecté juridiquement de tout substrat naturel, l’enfant serait pur projet, pur produit, objet de consommation. Offre et demande, on voit comment l’imaginaire de l’économie politique vient imprégner jusqu’au plus intime de nos relations, jusqu’à l’engendrement. L’Etat jouerait le rôle de tiers, de garant, mais de garant d’une construction, d’une fiction juridique et sociale, d’un mensonge. D’un mensonge sur la filiation, d’un mensonge envers les enfants.

« Tels sont les termes du problème, et il ne sert à rien pour l’éviter de démontrer, enquêtes à l’appui, que deux adultes de même sexe peuvent très bien élever un enfant et le rendre heureux. Toutes les images d’enfants rieurs sur les épaules d’un père ou d’une mère tenant la main d’un homme ou d’une femme sont purement publicitaires et ne nous disent rien de la réalité qu’elles sont incapables de désigner, parce qu’une telle réalité ne peut se dire en images mais en mots : qu’est-ce qu’un enfant pour lequel un père tient lieu de mère, ou une mère de père ? On pourra multiplier à l’infini les enquêtes sociales et les travaux psychologiques, on n’évitera pas le problème social et politique : peut-on priver un enfant du droit reconnu à tous les autres d’avoir pour parents un père et une mère ? Peut-on fabriquer des cobayes même heureux ? La satisfaction d’un tel désir ne peut se justifier que par des arguments sentimentaux et psychologiques. Sur le terrain juridique, sur le terrain politique, elle suppose que l’on s’accommode d’une inégalité enracinée dans la naissance et dans l’origine. »[2] Cette inégalité existe de fait, c’est certain, enfant de « familles » homoparentales ou monoparentales (quoique l’absence de père ou de mère en signale en creux l’existence). Mais lui donner une reconnaissance légale ne servira en rien à la résorber, mais plutôt à la répandre encore. Ouvrir le mariage civil aux personnes de même sexe est une injustice envers les enfants issus de ces « familles ». Ne pas combattre, sur le champ politique et social, ces revendications homosexuelles est se rendre complice de cette injustice à venir.

Thibaud Collin, Les lendemains du mariage gay. Vers la fin du mariage ? Quelle place pour nos enfants ?, Salvator, 2012, 120 p., 15€

[1] Thibaud Collin, Les lendemains du mariage gay. Vers la fin du mariage ? Quelle place pour nos enfants ?, Salvator, 2012, 120 p., 15€

[2] Yan Thomas, « L’union des sexes : le difficile passage de la nature au droit », in Le Banquet, n°12-13, sept.-oct. 1998, cité par Thibaud Collin, Les lendemains du mariage gay, op. cit.







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