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"Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement
des paroles qui lui furent dites
de la part du Seigneur"

Saint Luc (chapitre 1, verset 45)

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Joseph, docteur du silence

  Publié le jeudi 15 avril 2010 , par Yann de Rauglaudre

Homélie de monseigneur Dominique Rey le 19 mars 2010 à Cotignac, pour la fête de Saint Joseph.


La fête de ce jour nous introduit dans le mystère de Joseph, gardien de la Sainte Famille de Nazareth. Et ce mystère est un témoignage de silence.

« Silencieux comme la terre à l’heure de la rosée », dira de lui Paul Claudel.

Dans les Ecritures, aucune parole ne sort de la bouche de Joseph. A ce mutisme répond le mutisme des évangiles à son sujet. Saint Marc ne dit rien de lui. Jean ne le cite que 2 fois (Jean 1, 45 et 6, 42). Les 25 mentions de Luc et les 17 citations de Matthieu ne fournissent guère d’éléments sur sa vie, sur son enseignement. Nous ignorons tout du lieu et de la date de sa naissance, des circonstances de sa mort. Sa présence s’efface après les évangiles de l’enfance de Jésus. Il semble se retirer de la scène, à pas feutrés.

Précisément, si Joseph ne parle pas et si ses lèvres sont scellées à jamais, s’il a adopté le parti pris du silence, ne peut-on pas considérer que ce silence est précisément le message qu’il nous adresse en ce jour. Oui Joseph nous éduque au silence. Alors que nous sommes tentés par le bruit, la vanité des choses, la superficialité consumériste, l’éparpillement, voici qu’il nous initie à la discipline du silence, à la loi du silence.

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Le silence de Joseph n’est pas seulement une absence de paroles, comme s’il n’avait rien à dire, mais celui d’une plénitude de présence. Cet homme « juste », comme tout amoureux, ne peut se satisfaire des mots qui sonnent creux. Il aime Marie pour le mystère qui l’habite, pour sa pureté, sa douceur et sa force d’âme, sans encore discerner ce qui justifie la vertu qu’il trouve en elle. Son silence témoigne de son admiration et de sa reconnaissance. « Si le mot que tu prononces n’est pas plus beau que le silence que tu vas quitter, ne le prononce pas », dit un proverbe soufi. Sans le savoir, Joseph (docteur du silence) épouse en Marie l’œuvre que l’Esprit-Saint a réalisé en elle, dès sa conception virginale.

Mais le silence de Joseph accueille aussi un drame. Une équivoque pèse depuis sa rencontre avec Marie. En effet, Marie lui était accordée en mariage. Il l’aimait tendrement et chastement. Etre fiancé, chez les Juifs, impliquait l’échange des « mahr » c’est-à-dire de la dot que le futur époux devait payer pour s’unir à sa promise. Ce « mahr » officialisait le contrat de mariage. Désormais, le lien était tellement indissoluble entre les deux fiancés que l’infidélité de la future mariée était déjà considérée comme un adultère, et méritait le châtiment de la lapidation.

Or, au moment où Joseph devait amener Marie à sa maison, voici qu’il découvre qu’elle est enceinte ! Physiquement, l’évidence éclate. La grossesse est certaine. Il ne peut se dérober à cette certitude. Moralement, à aucun instant, Joseph ne doute de l’innocence de Marie. Blessé dans son amour, interloqué dans sa raison, mille pensées l’assaillent et crucifient alors son âme.

Demander à Marie des explications aurait meurtri le cœur de celle qu’il aimait. Placé devant cette tragédie, il n’ouvre pas la bouche pour essayer d’en avoir la clé. Il ne peut effleurer d’un soupçon la vertu inattaquable de Marie. Son amour pour elle n’est pas mis en cause. Il décide alors de la répudier en secret, afin de ne pas attenter à la réputation de celle qu’il aime.

Et Marie, de son côté, est vouée au silence. Le silence de son élection divine par Dieu et de son fiat. Ce qui se passait en elle, dans ses entrailles, c’était le secret de Dieu. Le Seigneur l’avait engagée dans une voie unique à laquelle, nul autre que Lui, n’avait le droit d’accéder, pas même Joseph. Et pourtant, Joseph était devenu la garantie de son honneur. Elle avait besoin de lui, de son silence protecteur, face à l’indignation, voire à l’infamie qui ne manquerait pas de s’élever contre elle.

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Jusqu’à ce qu’intervienne l’ange, qui l’avertit que ce qui se passe en Marie est l’œuvre de l’Esprit Saint, qu’elle va enfanter le Messie Sauveur, et qu’il est destiné à devenir le père adoptif de cet enfant…. Jusqu’à cette annonciation, le silence de Joseph est tragique.

Le bouleversement de Joseph qui atteint toutes les fibres de son être, nous permet de comprendre que le surnaturel le plus authentique s’enracine dans le naturel. L’amour humain qui s’instaure entre Marie et Joseph, va être le berceau de l’action de Dieu. Plus encore, le surnaturel est le comble du naturel. Les sentiments humains les plus nobles, le courage, la fidélité, la confiance, n’atteignent jamais une telle profondeur que lorsque la grâce de Dieu les couronnent d’une dimension divine.

Grâce à Joseph et à Marie, et à l’amour indéfectible qui les unit, le mariage humain entre de plain pied dans le mystère de la Rédemption. A la source de leur union, il y a le sacrifice que Joseph a fait de son amour pour Marie : face au dessein de Dieu sur elle, il se retire. Il s’efface en raison même de l’amour qu’il lui porte. Il accepte de ne pas comprendre, ni sensiblement, ni intellectuellement le projet divin. Il consent à mourir à lui-même, et de se séparer de Marie pour n’infliger aucune peine à celle dont le cœur appartient à Dieu.

C’est par cette obéissance silencieuse au projet de Dieu que l’affection de Joseph pour sa femme se transforme en amour spirituel. Il y avait une apparente opposition entre leur amour humain, et le désir intime de la Vierge de se consacrer entièrement à son créateur. Celui-ci, par l’intervention de l’ange, fait comprendre à Joseph que la vocation divine et maternelle de Marie se réalisera par l’alliance avec elle : « Ne crains pas de prendre avec toi, Marie ta femme, car l’enfant qu’elle a conçu vient du Saint-Esprit. Elle enfantera un fils et tu lui donneras le nom de Jésus. C’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. » (Mt 1, 20-21). Ces paroles angéliques confirment Joseph dans ses sentiments premiers vis-à-vis de Marie. Cette union entre la virginité originelle de Marie et la consécration choisie de Joseph sera au service de la maternité divine de Marie.

Il est des âmes qui s’identifient tellement aux intérêts de Dieu, dont elles sont préoccupées, qu’elles sont transportées là où ces intérêts se jouent. Joseph est de cette race. Le mystère de la Rédemption qui se consomme sur la Croix, a été commencé, ébauché dès l’Incarnation. L’ombre de la Croix, qui a plané sur toutes les heures de la vie de Jésus, a aussi recouvert le silence douloureux de Joseph, jusqu’à ce que l’éclaire l’annonce de l’Ange.

On invoque souvent Joseph comme le procureur des biens matériels. Il nous faudrait aujourd’hui s’adresser à lui, comme le procureur de nos affections. Si on aime vraiment un être, d’un amour d’amitié et d’élection, à l’image de Joseph, le critère d’authenticité de notre affection, c’est que nous soyons prêts à le quitter, si nécessaire, pour l’aider à accomplir le projet de Dieu. Sommes-nous disposés à laisser le Seigneur passer devant nous, devant nos projets, devant nos sentiments, puisque seul Dieu peut réaliser en l’âme de celui ou celle qu’on aime le meilleur d’elle-même ?

Ce message de Joseph s’adresse à nos relations difficiles qui se nouent au sein de nos familles, dans notre vie conjugale, à l’égard de nos proches. Il y a tant de situations douloureuses, de détresse sentimentale, d’incompréhension mutuelle que l’on ne peut même pas verbaliser, dont on n’ose pas (par pudeur et par gêne) parler à autrui, et parfois s’avouer à soi-même. Pour exprimer son désarroi, sa solitude, son impuissance, ses échecs et les déceptions secrètes de nos amitiés trahies ou déçues… nous trouvons si peu de personnes de confiance, à même de comprendre.

Alors notre cœur consonne avec celui de Joseph. Et Joseph nous convoque au silence. Son drame est quelque part le nôtre. La leçon d’espérance que cet homme sage et bon nous délivre, est de nous faire comprendre que ces tragédies intérieures traversées par l’abandon à Dieu, participent de l’avènement de son Royaume.

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Joseph a été convié à entrer dans une nouvelle fécondité humaine et spirituelle, à partir du don de soi à Dieu et du don de son amour incorruptible pour Marie. Joseph est entré dans une autre paternité que celle qu’il avait imaginée. Il s’est inséré dans un projet plus vaste que celui qu’il avait initialement conçu. La grâce de Dieu s’est inscrite dans la blessure de son amour offert, dans son fiat silencieux, qu’il avait prononcé face à Dieu. Epoux et père adoptif de Jésus, lui-même adopté par Dieu, Joseph, le dernier des patriarches, à la charnière des deux testaments, dans la discrétion du quotidien de Nazareth, nous initie à vivre de la Providence.

Par l’intercession de Joseph, plaçons dans son silence les brisures de nos cœurs endoloris pour qu’il nous obtienne la paix que Dieu promet à ceux qui consentent à Le suivre, et qui marchent dans la nuit.

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