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les cœurs des fidèles ont trouvé du repos.

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Jésus et les femmes

  Publié le vendredi 4 septembre 2009 , par Yann de Rauglaudre

Patronne principale du diocèse de Fréjus-Toulon, la fête de sainte Marie-Madeleine prend une ampleur particulière à Saint-Maximin et à la Sainte-Baume. Du 19 au 26 juillet les célébrations, temps de prière, spectacles se sont succédés dans ces lieux.

A Saint Maximin, toute la semaine, les temps forts ont permis une participation de nombreuses personnes. La Messe solennelle du dimanche était présidée par Mgr André-Mutien Léonard, Evêque de Namur. Le Panégyrique a été prononcé par Mgr Jean Pierre Ravotti. Nous reproduisons ci-dessous l’intégralité.


Puisque d’autres se sont récusés - le père curé a eu la simplicité et la franchise de me l’avouer - c’est à moi qu’échoie, encore une fois, la prédication du panégyrique de sainte Marie-Madeleine. Oh, rassurez-vous, je n’en ferai pas une jaunisse ! car vous savez bien, amis de Saint-Maximin, que c’est toujours avec joie et transport que je parle d’elle ; de cette femme unique, surprenante, un peu mystérieuse, mais de laquelle émane une lumière extraordinaire, grâce à la force de son attachement à Jésus. Marie est celle qui « a choisi la meilleure part », qui « a beaucoup aimé » et « a aimé le plus », comme le soulignent les textes évangéliques. Lorsqu’on la contemple à la lumière de cet amour, on comprend mieux que sa vie n’est pas tant une vie brisée par le péché, à l’image du vase précieux qu’elle brisa aux pieds du Maître, à Béthanie, qu’une existence retournée, « renversée », à cause de Jésus et par amour pour lui. Un trop plein d’amour que le Christ saura bien récompenser, en faisant d’elle, au matin de Pâques, non seulement la première bénéficiaire, mais encore le premier témoin de sa Résurrection.

Dans mes année d’enfance, ici à Saint-Maximin, j’ai connu un dominicain, vicaire de la paroisse, par ailleurs excellent religieux, qui était quelque peu misogyne. Il fuyait les femmes, et elles le lui rendaient bien… Notre Seigneur, au contraire, semble se complaire en compagnie des femmes. Il ne les évite pas, mais les rencontre, les accueille, sait les écouter et leur parler. Il leur offre son salut et les appelle, à l’égal des hommes, à la grâce de la vie évangélique. Saint Luc aura d’ailleurs une attention particulière pour toutes ces femmes qui peuplent l’Evangile et la première communauté chrétienne de Jérusalem.

Tel sera donc l’objet de notre réflexion, ce soir : Jésus et les femmes, et parmi elles, Marie-Madeleine, car celle-ci occupe une place particulière, au point d’être considérée comme le prototype de la femme disciple de Jésus. Un thème qui vient bien à propos, puisque dans nos assemblées liturgiques - y compris en ce moment - les femmes sont toujours plus nombreuses que les hommes. Je me demande parfois ce que deviendrait l’Eglise si elle ne pouvait plus compter sur le dévouement et la fidélité de tant de femmes admirables, auxquelles je voudrais rendre hommage, en ce jour de fête dédié à la plus illustre d’entre elles après la Vierge Marie, sainte Marie-Madeleine.

Notons tout d’abord que cette attention pour les femmes de la part de Jésus, représente, dans le contexte juif de l’époque, quelque chose de tout à fait nouveau. Les femmes étaient alors exclues de tout rôle social et même leurs apparitions publiques étaient sévèrement contrôlées. Si elles pouvaient être de parfaites maîtresses de maison, comme c’est le cas de l’entreprenante Marthe de Béthanie, en public elles n’étaient le plus souvent considérées que comme l’ombre muette de leurs maris. Et lorsque, par malheur, elles n’en avaient pas, les suppositions et les sous-entendus les plus malicieux allaient bon train… On devine ainsi ce que les gens pouvaient penser de cette Marie de Magdala, une femme libre, qui n’est désignée ni comme « fille de », ni comme « épouse de », comme c’était l’usage, mais uniquement par son lieu d’origine ou d’habitation, Magdala, bourgade florissante des bords du Lac de Tibériade.

Jamais, donc, un homme ne s’approchait d’une femme - et encore moins une femme d’un homme - pour deviser librement et familièrement. Je n’en veux pour preuve que cette remarque de saint Jean à propos des disciples découvrant Jésus en train de s’entretenir avec la Samaritaine, près du puits de Jacob : « Ils s’étonnaient - note l’évangéliste - qu’il parlât à une femme » (Jn 4,27). La surprise, voire le scandale des disciples confirme bien que Jésus dépasse largement les convenances et les contraintes de son temps. Les femmes que Jésus rencontre sont souvent des êtres que la maladie, la déchéance physique ou spirituelle, leur situation morale ou même leur origine non juive font retenir pour des impures. Voyez, par exemple, l’hémorroïsse, ou la femme voutée, prisonnière d’un esprit mauvais, ou encore la Cananéenne - une païenne - qui implore la libération de sa fille et dont l’humilité touche si profondément Jésus. Songez à la Samaritaine et à la femme adultère trainée devant Jésus par ses accusateurs. Pensez à la pécheresse pardonnée de Luc, que la tradition latine identifie avec Marie-Madeleine. Toujours Jésus défie les conditionnements imposés par les préjugés ou les jugements sommaires, et jamais il n’accepte l’exclusion. Toujours il affronte la misère - toute les formes de misère - avec la seule puissance de sa miséricorde, comme si misère humaine et miséricorde divine s’attiraient mutuellement, ainsi que le laisse entendre saint Augustin dans son remarquable commentaire de l’épisode de la femme adultère. Remarquez-le, mes amis, dans l’Evangile, les plus belles scènes de conversion sont celles qui ont comme protagonistes des femmes. Non qu’elles aient davantage besoin de conversion que les hommes, mais sans doute parce qu’elles sont plus sensibles et plus réceptives, plus disponibles à l’appel du Seigneur. Il n’y a qu’un cas où Jésus se monte sévère envers une femme : c’est lorsque la mère des fils de Zébédée, Jacques et Jean, vient revendiquer un poste de prestige pour ses fils. Entrer dans le Royaume, rappelle Jésus, ne signifie pas faire carrière, mais accepter de boire jusqu’à la lie le fiel amer de sa Passion. D’ailleurs Jésus coupe court et leur rétorque qu’ils « ne savent pas ce qu’ils demandent » (cf. Mc 10,38).

Et puis, frères et sœurs, il y a ces éloges que Jésus adresse à des femmes, à commencer par sa mère dont il magnifie la foi docile et vécue : « Heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu et l’observent » (Lc 11,28). Sans cesse Jésus aura à louer la foi des femmes qui si tournent vers lui et l’implorent avec confiance et persévérance. Il congédie la pécheresse pardonnée et la femme atteinte d’un flux de sang en leur disant : « Ta foi t’a sauvée ; va en paix » (Lc 7,50 ; 8,48). « O femme, grande est ta foi ! » (Mt 15,28) s’exclame Jésus en face de la Cananéenne qui demande la guérison de sa fille et qu’il ne vient pas pourtant de ménager en la comparant à un « petit chien », car c’était ainsi que les juifs traitaient ceux qui n’appartenaient pas au peuple de l’Alliance.

Parmi ces éloges, comment ne retiendrions-nous pas celui que Jésus discerne à Marie, la sœur de Marthe et de Lazare, qui, au grand scandale de Judas et de quelques autres convives, vient de dépenser une fortune en honorant Jésus d’un parfum très coûteux ? Le Maître est sûrement le seul à percevoir la signification prophétique de l’onction que Marie vient d’accomplir en vue de sa sépulture. Aussi l’éloge dépasse toute attente et Jésus promet à cette femme, à cause de son geste, une renommée universelle et éternelle : « En vérité je vous le dis, partout où sera proclamé cet Evangile, dans le monde entier, on redira aussi, à sa mémoire, ce qu’elle vient de faire » (Mt 26,13). Ces paroles du Christ, tout aussi prophétiques que le geste de la femme, ne trouvent tout leur sens que si cette Marie est bien la même femme que celle qui est désignée ailleurs du nom de Madeleine ; celle-là même qui, au matin de Pâques, se rendra au tombeau pour y achever l’onction inaugurée et annoncée prophétiquement à Béthanie, quelques jours avant la Pâque. Quand on pense à la destinée glorieuse de Marie-Madeleine, on ne saurait se résigner à penser qu’un tel hommage - sans doute le plus beau de l’Evangile - ait pu être rendu à une autre.

Toutefois, il est un fait plus remarquable encore et qui démontre mieux que tout autre combien Jésus savait faire confiance aux femmes et compter sur leur fidélité à toute épreuve. En effet, dès le début de sa vie publique, à peine inaugure-t-il son ministère en Galilée, Jésus s’entoure de femmes, les associant intimement à sa mission messianique. Cela aussi représentait une nouveauté pour la mentalité de l’époque. On ne nous dit nulle part que Jean le Baptiste ait compté des femmes parmi ses disciples. D’ailleurs, en hébreux, le mot « disciple » n’existe qu’au masculin. Il devait donc sembler étrange qu’un rabbi pût apparaitre en public accompagné de femmes. Pourtant, Jésus n’hésite pas à le faire, provoquant sans doute l’étonnement, peut-être même le scandale ou, dans le meilleur des cas, la risée de ses contemporains. Luc est le seul évangéliste à apporter quelque précisions sur cette compagnie féminine de Jésus. « Et il advint ensuite qu’il cheminait à travers villes et villages, prêchant et annonçant la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu. Les Douze étaient avec lui, ainsi que quelques femmes qui avaient été guéries d’esprits mauvais et de maladies : Marie, appelée la Magdaléenne, de laquelle étaient sortis sept démons, Jeanne, femme de Chouza, intendant d’Hérode, Suzanne et plusieurs autres, qui les assistaient de leurs biens » (Lc 8,1-3).

Quel est le rôle exact de ces femmes auprès de Jésus et des Douze ? Ont-elles simplement des fonctions d’assistance ou d’intendance, comme pourrait le laisser penser une lecture trop rapide de ce texte ? Luc dit qu’elles étaient « avec lui » ( syn autō, en grec ). Dans le langage de l’évangéliste, cette expression indique le fait de marcher à sa suite et d’être ses disciples. Ici, Luc ne fait pas de différence entre les Douze et les femmes, les englobant dans la même sequela Christi ; dans l’identique condition de disciples de Jésus.

A la fin du récit, une autre expression de Luc est éclairante au sujet de ces femmes. Il écrit littéralement qu’elles « les servaient », utilisant le verbe grec diakoneō, celui-là même que l’évangéliste emploie pour décrire l’attitude du disciple appelé, comme le Maître et Seigneur, à être « celui qui sert » (cf. Lc 22,24-27).

On peut donc conclure que le rôle de ces femmes dépasse largement la stricte sphère matérielle. Elle sont là, auprès de Jésus et des Douze, pour un service que l’on pourrait qualifier de « missionnaire » et d’« apostolique » ; un service qui naît d’un appel personnel et intérieur et s’épuise dans le don de soi pour l’annonce du Royaume ; un service dicté par l’amour, qui ne requiert aucun titre, ne nécessite aucune reconnaissance officielle, n’attend aucune récompense. N’est-ce pas là, aujourd’hui encore, toute la richesse et toute la force de la diaconie des femmes dans l’Eglise ?

Disciples donc au même titre que les hommes, ces femmes suivent Jésus et l’assistent tout au long de sa mission. On peut donc légitimement supposer qu’elles sont là, à chaque page des Evangiles, même lorsque leurs auteurs taisent leur présence. Nous les retrouvons à l’heure fatale de la Croix, car c’est dans l’épreuve que l’on reconnaît ses amis, et au moment, plus décisif encore, de la Résurrection, signe d’une fidélité qui ne faiblit jamais, alors même que les hommes, supposés courageux, se sont enfuis…

Dans ce groupe, Marie-Madeleine ne figure nullement comme une vedette (« la star du moment »), mais plutôt comme « première de cordée ». A la Croix et au tombeau, les évangélistes la mentionnent toujours en premier lieu, comme si c’était elle qui soutenait, encourageait et entraînait ses compagnes (ce qui faisait dire à un prédicateur fougueux, entendu, ici même, il y a bien des années, qu’elle était « l’entraîneuse » du groupe !).

Mais les lueurs de Pâques préparent à ces femmes une lumière plus éclatante encore, dont Marie-Madeleine sera gratifiée d’un reflet intense. Munies d’aromates, elles courent au tombeau pour y achever la toilette funéraire du corps de Jésus. Elles constatent d’abord que le tombeau est vide. Puis, des anges viennent leur annoncer que Jésus est vivant. Enfin, c’est Jésus lui-même, le Ressuscité, qui vient à leur rencontre et leur demande d’aller annoncer la nouvelle aux apôtres. Saint Jean ne contredit pas les récits des autres évangélistes : il condense son attention sur Marie-Madeleine, en qui il reconnaît le premier témoin de la Résurrection. Témoin, parce qu’elle a vu ; témoin, parce qu’elle a annoncé.

Cependant, le fait est là, inhabituel, surprenant, provocant, à une époque où le témoignage des femmes ne comptait pas, car le droit ne leur reconnaissait alors aucune capacité juridique : c’est à des femmes que Jésus confie la mission de témoigner la Bonne Nouvelle par excellence, cet Evangile dans l’Evangile qu’est sa Résurrection. Ce titre d’Apostola apostolorum, dont Hippolyte de Rome, au IIIe siècle, gratifie le premier Marie-Madeleine, il l’étend également à toutes ces femmes en qui il reconnaît les « Apôtres des apôtres ».

A cela, frères et sœurs, il y a une seule raison, que le mystère du Christ laisse transparaître. Elle n’est pas d’ordre hiérarchique ou sacramentel, puisque le Seigneur en a décidé ainsi et l’Eglise ne peut que rester fidèle à son bon vouloir. Elle est d’un ordre bien plus haut et bien plus grand : celui de l’Amour. Dans l’Eglise, le plus grand n’est pas celui qui occupe la place la plus élevée, mais celui qui aime le plus. Marie-Madeleine et les saintes femmes de l’Evangile ne cessent de nous le rappeler, elles qui ont tant aimé. Jésus l’a reconnu, faisant d’elles les premiers témoins, les « apôtres » de son Evangile d’Amour. L’Eglise ne saurait l’oublier. Aujourd’hui encore, elle confie à la femme, dont c’est toute la grâce, la mission exaltante d’être la messagère et l’évangélisatrice de l’Amour.
Amen.

Mgr Jean-Pierre Ravotti







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