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J’ai signé la pétition contre le négationnisme

Lettre de Fabrice Hadjadj

  Publié le mercredi 4 février 2009 , par Yann de Rauglaudre

Chers amis,
Je vous écris cette lettre pour les remontrances que plusieurs d’entre vous, et non des moins estimables, m’ont faites pour avoir signé la pétition lancée par le journal La Vie. Mon but ici n’est pas de répondre au reproche par le reproche (même si certains m’ont accusé de « contribuer à couvrir l’Eglise d’ordure » – rien que ça – que d’autres ont dit « puisqu’il a signé, je n’irai pas voir sa dernière pièce » et que d’autres encore ont laissé entendre « c’est parce qu’il est juif, etc. »).


Je comprends tout à fait que le malentendu soit possible. Je suis navré toutefois que l’on assimile mon geste à celui d’autres signataires dont je réprouve les intentions : je croyais assez connu mon zèle ultramontain [1] et mon amour de la plus rigoureuse orthodoxie dans la plus grande piété filiale envers le Saint-Père, pour qu’on ne m’accable pas d’un faux procès.

"je croyais assez connu mon zèle ultramontain et mon amour de la plus rigoureuse orthodoxie dans la plus grande piété filiale envers le Saint-Père"

Mais je dois admettre désormais que l’on me connaît sans me lire, en sorte que l’on peut me juger sans m’entendre. Ce qu’ici je voudrais seulement faire, peut-être vainement, sachant qu’à prendre la parole je m’engage une fois de plus à être mal compris et à relancer le réquisitoire, ce sont quelques précisions contextuelles, politiques et théologiques pour expliquer ma signature à une pétition désormais caduque, puisque Benoît XVI, et même monseigneur Fellay, ont parfaitement répondu au vœu qu’elle formulait à mes yeux.

1. Cette pétition n’avait pas pour but de s’opposer à la levée des excommunications, elle voulait au contraire la levée de surcroît de cette « tragique ambiguïté » que les déclarations de Mgr Williamson avait suscitée : son négationnisme laissait croire que les lefebvristes étaient négationnistes, et que notre Pape avait quelque complaisance à cet endroit. C’était manifestement faux. Mais les médias avaient sauté sur l’occasion pour faire l’amalgame, et l’enjeu, peut-être naïf, était de lancer une contre-offensive médiatique pour que cet amalgame soit empêché. Bien sûr, réagir à chaud, comme cela, c’est, comme me l’a justement fait remarquer Etienne de Montéty, ne pas laisser faire l’œuvre du temps, ne pas prendre le temps pour allié. S’il y a de ma part une erreur, elle est là, dans ce que j’aurais pu simplement attendre que cela se tasse, assuré que le Saint-Père ne manquerait pas de parler. Mais c’est mon Père, après tout, et j’ai été comme le fils affamé qui demande du pain, et il ne m’a certes pas donné un scorpion, mais cette déclaration remarquable du mercredi 28 janvier 2009, où il a rappelé que la Shoah est « un avertissement contre l’oubli, la négation et le réductionnisme ».

2. Signer une pétition est un acte public, politique, qui nous met pour une occasion précise côte à côte avec des personnes dont les intentions ne sont pas les mêmes que les nôtres. On sait que, si le parlement en venait à proposer une loi pour l’avortement mais restreignant son accès, un député catholique devrait la voter en rappelant par ailleurs publiquement qu’il est contre l’avortement ; mais sans doute voterait-il alors avec d’autres qui, eux, sont pour. Je sais que j’ai signé avec d’autres qui sont, eux, contre la levée des excommunications. Et je suis désolé de l’usage que certains font de la lettre de la pétition, la tirant à tort et à travers contre son intention explicite. Quand Matthieu Grimpret écrit dans Le Monde : « J’ai honte d’être catholique », je veux bien le comprendre, cependant je ne saurais le suivre, car être catholique est l’effort et le bonheur de toute ma vie, et la seule chose peut-être dont je ne saurais avoir honte. La honte est plutôt que certains traînent ce nom dans la boue. Mais je rappelle que j’ai aussi signé avec Rémi Brague et Jean-Luc Marion, ces deux derniers étant avec Joseph Ratzinger des co-fondateurs de la Revue Communio.

3. La pétition a été contextualisée par La Vie d’une manière qui en tire le sens d’un côté qui n’est pas exactement le mien. Mais il faut considérer à quel lectorat ce journal s’adresse. La justesse de la parole exige que l’on s’adapte à son auditeur. Or, il est certain que le lectorat de La Vie n’est pas celui de Famille Chrétienne ni de L’Homme Nouveau. En outre, au moment de signer, j’ai explicitement demandé la modification d’une phrase plusieurs fois incriminée par mes détracteurs. Notamment, j’ai mis en cause le verbe « réhabiliter » (« comme si Rome réhabilitait le négationnisme »), qui laissait sous-entendre que le négationnisme aurait reçu jadis une quelconque habilitation de Rome ou de quelque autre autorité. Hélas ! j’ai été emporté par l’urgence de la demande et débouté de ma propre requête.

4. On m’a dit que le négationnisme relevait de l’histoire et n’avait rien à voir avec la communion catholique. Depuis Nostra aetate, la chose est à tout le moins discutable. Léon Bloy écrivait avec force : « L’antisémitisme, chose toute moderne, est le soufflet le plus horrible que Notre-Seigneur ait reçu dans sa Passion qui dure toujours, c’est le plus sanglant et le plus impardonnable parce qu’il le reçoit sur la Face de sa Mère et de la main des chrétiens. » J’ai par ailleurs suggéré sur Radio Notre-Dame l’analogie entre le doute qu’il peut y avoir face au témoignage des Juifs rescapés, et le doute que certains ont face au témoignage des apôtres. Le cardinal Barbarin a lui-même affirmé : « Des propos négationnistes ne sont pas ceux d’un chrétien. » Enfin, sur Zénith, on peut lire ces propos du père Lombardi, directeur du centre de télévision du Vatican : « Qui nie la Shoah, nie le mystère de Dieu. »

5. Il faut noter que Mgr Williamson parlait publiquement et qu’il a employé le verbe même du Credo : I believe… there was no gas chamber. Il se peut qu’en ce cas il ait usé du verbe « croire » au sens de tenir une opinion ou une hypothèse légitime. Mais c’était donner prise à la pire des confusions : Je crois en Jésus-Christ, « je crois que parmi les 200 à 300 mille Juifs tués, aucun n’est mort par le gaz ; je crois qu’il n’y eut pas de chambre à gaz ». Quoi ? m’objectera-t-on encore, est-ce que cette histoire de Shoah va nous enquiquiner longtemps au point que sur elle se focalise toute censure ? Est-ce qu’il n’y a pas eu d’autres génocides sur d’autres peuples ? Est-ce que le révisionnisme sur l’histoire de France n’est pas aussi grave ? Il y a toutefois ceci de spécifique à la Shoah qu’elle a quelque chose de paradigmatique pour l’horreur moderne : c’est la civilisation allemande qui l’a perpétrée, celle qui entendait régner aussi par le Philharmonique de Berlin, mais qui a cédé à la fascination de l’efficience technicienne ; et elle l’a perpétrée sur ce peuple mystérieusement choisi et formé pour que le Verbe de Dieu y prenne chair. Un peu à la manière dont la Croix du Christ n’exclut pas les croix des autres, mais les porte en elle et en manifeste le sens, les victimes de la Shoah n’excluent pas les autres victimes de génocide, mais elles en sont les délégués emblématiques et permettent d’en comprendre le processus très raffiné, puisqu’ici il se joue avec des scientifiques et des mélomanes amoureux de Wagner.

6. Quelqu’un m’écrit à moi ainsi qu’à d’autres : « Qui es-tu pour écrire : "Nous estimons que cet évêque ne saurait trouver sa place dans l’Eglise" ??? Mon cher Fabrice, mon cher M…, mon cher P…, et si j’estimais que quelqu’un qui signe ce genre de papier ne saurait trouver sa place dans l’Eglise ... Tu mets dehors Willliamson, je te mets dehors pour l’avoir mis dehors ... On n’en finit pas ... » Premièrement, il est dit : « Nous estimons », et non « Nous affirmons », et encore moins « nous mettons dehors », mais cette nuance échappe aux locuteurs actuels de la langue française ; cette estimation est du reste ici soumise au jugement du Saint-Père, dont nul fidèle ne saurait s’arroger la juridiction ; en outre, que je sache, Jean-Paul II, par la bulle Ecclesia Dei afflicta, avait effectivement mis Mgr Williamson « dehors ». Deuxièmement, la phrase de la pétition est ici tronquée, puisqu’elle ajoute que Mgr Williamson ne saurait avoir part à la pleine communion catholique « sans repentir sincère et explicite de sa part ». Ce qui vaut aussi bien pour moi : sans repentir, sans téchouvah, nul n’est pleinement dans cette communion. Troisièmement, il faut distinguer la réalité canonique de l’Eglise et sa réalité mystique, car même un excommunié peut appartenir invisiblement au Corps mystique du Christ. Mais il s’agit ici d’appartenance visible, canonique, enfin de procédure en vue d’un dialogue, car la levée de l’excommunication n’est pas une réintégration, elle n’enlève pas la suspense a divinis des lefebvristes, et elle ne l’enlèvera pas tant qu’ils n’auront pas avancé dans leur accueil du concile Vatican II, et, entre autres, de la déclaration Nostra aetate.

7. Enfin, puisqu’on me demande « Qui es-tu ? », je le confesse : je ne suis rien sans le Christ et l’Eglise. D’elle, j’ai tout reçu, jusqu’à ma judéité retrouvée dans la grâce, jusqu’à ma raison rendue dans la foi, jusqu’à mon épouse accueillie dans le refleurissement de ma chair, et jusqu’aux amitiés les plus fortes, spécialement celle de ceux qui aujourd’hui me mettent en cause. Mais je ne me plains pas. Je sais qu’il faut souffrir par ses frères, et souffrir par eux alors même qu’ils ont de très bonnes intentions. Certains me retourneront le compliment. Qu’à cela ne tienne ! C’est par la Croix portée ensemble que l’Unité se fera.

Vobis In medio Ecclesiae

Fabrice Hadjadj, serviteur du Serviteur des serviteurs de Dieu.


[1] L’ultramontanisme est une orientation favorable à la primauté, spirituelle et juridictionnelle, du pape sur le pouvoir politique (en matière religieuse et notamment de nomination des évêques), par opposition au gallicanisme.










 
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