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Internet : une nouvelle forme d’idôlatrie ?

  Publié le mercredi 16 mai 2007 , par Mgr Dominique Rey

Depuis 1995 (où il s’est démocratisé), Internet a révolutionné la manière de penser, de travailler, de communiquer. Internet est un formidable outil d’information utilisé par plus d’un milliard d’individus à travers le monde. En France, près de 5 millions comptes d’accès à Internet fonctionnent, et chaque jour, on approche les 4 millions de courriels envoyés.


Internet a modifié notre relation au temps, à l’espace, aux autres, à la culture, au savoir et au pouvoir, à la démocratie... et j’ajouterais au religieux.

Dans cette constellation, l’univers catholique devient ainsi "cathodique". Sur les moteurs de recherche fleurissent les sites où l’on parle et où l’on se parle de Dieu, de la foi, de l’expérience sacrée. L’Eglise a aussi investi la toile. Dans notre diocèse en plus et en lien avec le site diocésain, une communauté spécialisée dans l’évangélisation par les mass-média, développe un Web-TV.

Mais la tentation est forte d’idéaliser ce village planétaire. Parfois de le sacraliser. Certains succombent à la fascination d’une communication tous azimuts. D’autres s’y engloutissent. Un médecin psychiatre me faisait part, il y a quelques jours, du nombre important de pathologies développées par de jeunes internautes qui passent 6 à 8 heures devant leur console ou leur écran, à jouer des jeux de rôle ou des échanges de blog.

Comme l’Apôtre Paul à Lystres nous avons à prendre vis-à-vis d’Internet une distance critique par rapport à une nouvelle forme d’idôlatrie. Je me limiterai à 3 réflexions :

1ère réflexion : la dématérialisation des relations humaines.

Dans le monde virtuel d’Internet, comme son nom l’indique, l’écran fait écran. Son succès tient précisément à l’absence ou à l’impossibilité de relations physiques entre les êtres, dans bien des cas en raison de l’éloignement, parfois en raison de l’isolement et de la solitude affective ou morale des individus.

Mais la communication n’est pas la communion. Celle-ci implique la rencontre avec l’autre. L’Evangile le souligne : pensons à ces multiples contacts que noue Jésus et dans lesquels il engage son corps et sa parole.

L’Eglise nous le rappelle également : le dispositif sacramentel qu’elle déploie utilise le langage incarné des gestes et des paroles, accomplis au nom du Christ, pour signifier son Salut.

Face aux gnoses, les Pères de l’Eglise rappelaient que le Christianisme est la religion du corps. Notre foi au Verbe fait chair redit à l’humanité que toute vraie communion, avec soi-même et avec autrui, passe par notre corporalité.

2ème réflexion : le mirage du village planétaire.

Le livre de la Genèse relate au chapitre 11, la construction de la Tour de Babel : "la terre entière se servait de la même langue et des mêmes mots, pour pouvoir atteindre le ciel". En oubliant de parler de l’inégalité entre ceux qui disposent de la technologie et ceux qui en sont privés, entre ceux qui maîtrisent le langage informatique et ceux qui n’y ont pas accès, Internet donne l’illusion de l’universel : une certaine unité du genre humain, chacun pouvant dialoguer avec chacun, sans frontières et sans limites, sans intermédiaires et sans à priori. Le rêve prométhéen serait-il réalisé ? Internet serait-il un nouveau Babel ?

La Révélation nous enseigne que l’unité de tous s’élabore à partir de la reconnaissance de l’unicité de chacun. La véritable communion se fonde, non pas sur l’agrégation, mais sur la distinction, sur l’élection de chaque personne. Les Evangiles synoptiques prennent soin de nommer, un par un chacun des apôtres rassemblés par Jésus dans une même communauté.

Sauf à sombrer dans le totalitarisme idéologique de la pensée unique, l’universel ne s’accueille que dans le respect de la singularité de chacun. L’universel s’origine en amont dans la mémoire comme d’une Parole unique de laquelle nous tenons notre existence singulière et pour laquelle nous partageons l’exigence d’une même fraternité.

3ème réflexion : L’intrusion dans l’intimité.

Internet accentue l’individualisme de nos sociétés post-modernes. Toute personne quelque soit son origine, son savoir, son expérience… accède à l’univers d’Internet qui donne à toute parole une surface médiatique d’expression, une crédibilité sociale qui dépasse la simple voix d’un individu à un autre. Il s’agit d’une prise de parole généralisée qui nivelle tout discours magistériel et bouscule les rapports d’autorité.

Comment distinguer le vrai du faux face à une telle juxtaposition et profusion d’informations ? Comment une telle individualisation ne destructure-t-elle pas les conditions de vivre ensemble, chacune pouvant mettre en cause les valeurs communes ?

Par ailleurs, Internet exploite le filon de l’intimité. Les blogs sont des sortes de journaux intimes. Cette intimité est aujourd’hui devenue objet de consommation laissant voir à d’autres et convoiter par d’autres ce qui habituellement on est seul à voir ou à savoir de soi-même. Tout devrait pouvoir se dire ou se montrer jusqu’à la dépossession hémorragique de soi. Derrière la présomption de tout voir, se niche la volonté de puissance, de dominer l’autre.

L’écran "ne fait plus écran". Cette idéologie de la transparence absolue se heurte toujours à l’inaccessible profondeur de la personne, à la part de mystère qui nous habite. Une certaine solitude, face à soi-même fait partie intégrante de la construction de soi, de son quant à soi.

Prodigieuse dans ses nouvelles capacités d’information et de connaissance, mais vertigineuse dans les périls que son message fait courir à l’humanité, Internet se présente à l’Eglise comme un défi pastoral. Il invite l’Eglise à un discernement qui s’énonce selon la problématique suivante : comment, en quoi et jusqu’où son usage peut servir l’homme sans risquer de l’asservir ? Peut-on parvenir à posséder une technique sans être "possédé" par elle ?











 
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