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Evangile de Jésus Christ selon saint Luc (1, 37)

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Homélie pour le 1er dimanche de l’Avent 2018 (JGA).

  Publié le lundi 17 décembre 2018 , par Philippe Roy

Vivre conformément à l’Avent signifie vivre comme quelqu’un qui est sorti du sommeil, et cela comporte alors également la responsabilité de veiller, de tirer les autres du sommeil, de montrer aux autres ce qui donne de l’importance à notre vie, car elle représente ce qui est véritablement important.

Sources : http://lhomeliedudimanche.unblog.fr ; http://www.lectio-divina-rc.fr/ ; http://toulouse.dominicains.com.


Après la fête du Christ-Roi, nous entamons la nouvelle année liturgique : préparation à la venue de l’enfant à Bethléem, préparation de son retour dans la Gloire. « Le Seigneur vient » : voilà tout le message de l’Avent.
Mais de quelle venue s’agit-il ? Petit enfant, Il vient à Noël ; revêtu de gloire, Il viendra à la fin des temps. Il vient aussi chaque jour de notre vie. Il ne cesse de frapper à notre porte, pour nous libérer de notre univers étriqué, pour ouvrir notre âme à l’horizon infini de Dieu.

C’est l’Evangile de Saint Luc qui nous accompagnera toute cette année liturgique du cycle C. Nous commençons par un passage difficile, tiré du « discours eschatologique » (chap. 21). Les disciples interrogent Jésus sur son avènement et Il répond en décrivant un « Jour du Seigneur » terrible et redoutable.
Quelle idée, pouvons-nous penser, pour ce premier dimanche d’une nouvelle année liturgique, alors que nous commençons à nous préparer à Noël, de nous donner ainsi un Evangile qui traite de la venue du Christ à la fin des temps, dans un registre apocalyptique et dramatique ! Nous aurions plutôt besoin d’un peu de paix, au cœur du tumulte du monde. Quel est donc le sens de cet Avent qui s’ouvre de si curieuse façon ?

Ce terme d’Avent vient du latin adventus, que l’on traduit en français par avènement. Voilà qui nous met sur la piste. C’est l’avènement du Christ que nous commençons à célébrer. Ce n’est pas seulement l’anniversaire de sa naissance, il y a plus de 2000 ans, c’est la venue de Dieu parmi les hommes, puisque tel est son nom : Emmanuel, Dieu avec nous ; Dieu vient à la rencontre de l’homme. Et il ne cesse de venir. Bien sûr, nous faisons mémoire de sa venue à Bethléem, mais nous savons qu’il viendra aussi à la fin des temps : Jésus vient de le dire dans l’Evangile, ce sera la parousie.
Mais entre les deux, pour nous, en 2018, qu’en est-il ? Cette perspective du retour du Christ en gloire nous semble bien lointaine. Et pourtant, cette description que saint Luc vient de nous transmettre ne concerne-t-elle pas notre temps ? Les cataclysmes de la nature, l’affolement des nations, les cœurs alourdis par les soucis de la vie et les comportements mauvais valent aussi bien pour aujourd’hui.

Jésus, dans l’Evangile de ce jour, tient des propos difficiles qui viennent nous interpeller vivement : la description des événements dramatiques de la fin des temps est effrayante et souvent les prédicateurs, gênés, ne l’expliquent pas, préférant tourner la page et retrouver le Jésus confortable des miracles et paraboles. Soulignons la double attitude que demande Jésus à ses disciples, dans l’Evangile d’aujourd’hui, pour se préparer pour son avènement.

« Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que votre cœur ne s’alourdisse dans les beuveries, l’ivresse et les soucis de la vie, et que ce jour-là ne tombe sur vous à l’improviste comme un filet » (Lc 21,34).
Jésus cite deux poids qui peuvent nous handicaper au point de ne plus discerner sa venue en nous : l’alcoolisme et les soucis de la vie.
Pour l’alcoolisme, nul besoin hélas de développer : les ravages de cette maladie sont bien connus. Qu’il soit mondain chez les classes sociales aisées cherchant à se divertir, ou qu’il soit ivresses récurrentes chez les classes sociales populaires noyant leur précarité dans l’alcool, l’alcoolisme est une figure de la perte de conscience qui nous empêche de voir ce qui nous arrive, d’être vraiment présents aux autres, de raisonner avec intelligence. Aux beuveries et à l’ivresse dont parle Jésus, on peut joindre les addictions modernes produisant des effets semblables : l’addiction aux écrans et au virtuel, la dépendance aux drogues douces et dures, les liens malsains à l’argent, au sexe, à la gloire, etc. Nous mettons tant d’énergie à poursuivre des buts qui nous dominent en retour ! Nous nous attachons à des idoles qui nous privent de notre liberté. Attendre le Christ suppose de nous désintoxiquer de nos addictions, aliénantes, plus radicalement qu’un drogué n’entre en sevrage, plus durablement qu’un alcoolique ne décide d’arrêter.

La deuxième cause de l’alourdissement de notre cœur cité par Jésus est plus pragmatique, plus ordinaire, moins effrayante que les excès d’alcool : les soucis de la vie. Il faut dire que les soucis de la vie, en ce moment, on les cumule : les factures de gaz et d’électricité qui s’envolent, le prix du carburant qui flambe, les pensions de retraite qui régressent, la fiscalité qui devient incompréhensible, etc. Ajoutez-y les soucis de santé qui arrivent à l’improviste, les soucis de couple et de famille qui statistiquement touchent tout le monde tôt ou tard, de près ou de loin etc. et vous aurez raison de protester : « Jésus, la vie est dure. On a tellement de choses à porter, de proches sur lesquels veiller, de démarches à assumer ! ».
Exposer au Christ tout ce qui compose notre fardeau quotidien est le meilleur moyen pour qu’il s’en charge et nous procure le sien en échange : « venez à moi vous qui ployez sous le fardeau et je vous procurerai le repos ». « Prenez sur vous mon joug ; il est facile à porter ».
A l’inverse, ceux pour qui tout va bien, au moins dans l’instant, sont peut-être davantage en péril spirituellement. Ceux qui ont de l’argent sans compter, une famille sans problèmes, un travail rémunérateur et valorisant peuvent avoir la tentation de se passer de Dieu : « Insensés, vous comptez vos greniers pleins à ras bord, mais cette nuit même on va vous demander votre vie ! », dit Jésus. Pire que l’alcool ou les soucis de la vie, la réussite, la santé et la richesse peuvent aveugler et dévoyer les meilleurs d’entre nous. S’ils ne font pas régulièrement l’équivalent d’une cure de désintoxication, d’amaigrissement ou de simplification de leur existence, ils deviendront spirituellement des obèses, handicapés dans la quête de Dieu, incapables d’avoir soif de l’Evangile et de marcher vers le but ultime de toute histoire humaine.
Quelles sont les dépendances qui nous empêchent de désirer plus que la survie quotidienne ? Comment déposer au pied du Christ les soucis de la vie qui nous alourdissent en ce moment ? Et si tout va bien pour vous, comment maintenir vivante la quête d’un au-delà de vos satisfactions actuelles ?

L’appel de Jésus nous rejoint : « Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que votre cœur ne s’alourdisse dans les beuveries… » (Lc 21,34). L’Avent est un temps très propice pour réduire avec décision notre présence dans tant de lieux superficiels et dangereux. Ecoutons donc ce médecin de l’âme et ce futur juge !
« Redressez-vous et relevez la tête » : l’exhortation de Jésus dans l’Evangile nous apostrophe au début de cette période de l’Avent. Il faut donc lever les yeux vers le Seigneur.

Dans une homélie, le cardinal Ratzinger décrivait ainsi le temps de l’Avent :
« L’Avent est le fait d’attendre le Christ avec la plus grande vigilance. Il signifie courir à sa rencontre avec un cœur vigilant. Il est donc avant tout vigilance, éveil du sommeil qui nous maintient dans l’apparence et dans l’illusion. S’apercevoir que lui, caché, est déjà présent au milieu de nous. L’Avent est urgence. Il signifie que notre vie a reçu un devoir, un devoir urgent qui l’absorbe entièrement, pour lequel chaque instant est important. A l’inverse de l’agitation vécue par de nombreuses personnes – qui n’est souvent que le désir d’oublier l’insignifiance de ce que l’on fait, le sentiment d’inutilité,– fait ici irruption l’authentique urgence de ce que notre vie, de ce que le monde demande ».
Pour sortir de nous-mêmes, rien ne vaut la charité. Pour devenir saints et se préparer à recevoir le Seigneur, pendant et à la fin de nos vies, il faut grandir en charité : « Que le Seigneur vous donne, entre vous et à l’égard de tous les hommes, un amour de plus en plus intense et débordant » (1Th 3,12). Il ne s’agit pas seulement de bienveillance et de gentillesse ordinaire à l’égard de ceux qui nous entourent. Il s’agit d’aimer comme Dieu, tous les hommes, de manière intense et débordante. L’Avent, comme le Carême, est un temps de conversion. Nous pouvons, au cours de ce mois, nous fixer des objectifs concrets et ambitieux pour aimer plus généreusement et au-delà de notre cercle habituel. N’oublions pas qu’une des plus excellentes formes de charité est d’attirer notre prochain vers le Christ.
Le cardinal Ratzinger complétait ainsi sa description de l’Avent : « Vivre conformément à l’Avent signifie vivre comme quelqu’un qui est sorti du sommeil, et cela comporte alors également la responsabilité de veiller, de tirer les autres du sommeil, de montrer aux autres ce qui donne de l’importance à notre vie, car elle représente ce qui est véritablement important ».

Sainte Marie, Vierge de l’attente, donne-nous une âme de veilleur. Quand le Seigneur viendra, ô Vierge de l’Avent, qu’Il nous surprenne, grâce à Ta complicité maternelle, la lampe à la main, le cœur prêt pour l’accueillir.

Ainsi soit-il.










 

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