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"Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement
des paroles qui lui furent dites
de la part du Seigneur"

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Homélie pour le 15ème dimanche du temps ordinaire 2018 (JGA).

  Publié le mardi 17 juillet 2018 , par Philippe Roy

Annoncer le Royaume.

Combien de personnes autour de nous ne connaissent pas encore le Christ ? Combien de personnes dans le monde entier ne connaissent pas encore le Christ ? Que faisons-nous pour eux ?

Levons notre regard, ouvrons nos oreilles et prenons la décision de mener une existence chrétienne marquée par la mission.


Jésus envoie ces disciples annoncer l’Evangile. La mission des douze apôtres est une des clés pour comprendre la vie chrétienne. A la suite des apôtres, Jésus nous a choisis pour nous envoyer, pour faire de nous ses apôtres. Le témoignage que nous devons donner n’est cependant pas sans risque. Parler de Dieu, parler de sa foi, cela peut autant attirer que repousser, susciter l’adhésion que provoquer le rejet. Il est bon de nous demander si nous acceptons cette mission et les conditions que Jésus pose et qui en font le style particulier.

La mission est toujours d’actualité, encore plus, elle est urgente. Ecoutons ce qu’écrivait le Bienheureux Paolo Manna, prêtre fondateur de L’Union Missionnaire du Clergé et de l’Union Pontificale Missionnaire :
«  Nous, les missionnaires, nous nous demandons souvent pourquoi l’œuvre de conversion du monde non-chrétien progresse aussi lentement. On a l’habitude d’alléguer des raisons variées pour expliquer ce fait douloureux, et en vérité le problème peut être considéré de plusieurs points de vue, dont certains n’impliquent aucunement notre responsabilité. Mais, pour la partie qui nous concerne, et qui est la principale, le problème peut être résolu de la façon la plus limpide. Pour sauver le monde, Dieu dans son infinie sagesse a voulu avoir des coopérateurs. Dieu fait bien sa part : les hommes appelés à coopérer avec Lui le font-ils aussi bien ? Faisons en sorte que toute l’Eglise, tout le peuple chrétien, dirigé par ses évêques et par son clergé perçoive vraiment ce devoir apostolique qui est le sien et qui consiste à promouvoir avec tous les moyens possibles la propagation de la foi : faisons en sorte que les missionnaires, les instruments les plus directs de la conversion des âmes, soient saints, et les non-chrétiens ne tarderont pas à se convertir. Le problème des missions a été et est encore presque ignoré du peuple chrétien : ceux qui, dans le passé, s’y sont intéressés ont toujours été une minorité, et il est extrêmement douloureux de voir encore aujourd’hui, bien que quelques pas en avant aient bien été accomplis, que cette immense question est bien loin d’être comprise et affrontée pleinement par le clergé et par le peuple. Cette situation est extrêmement douloureuse, d’autant plus que les peuples catholiques auraient des énergies plus que suffisantes pour promouvoir plus dignement l’œuvre de l’évangélisation, si grâce aux prêtres, ils étaient instruits, organisés et surtout embrasés par un plus grand esprit de foi et de zèle… Les missionnaires ont été (...) grands, ils ont sauvé beaucoup d’âmes, ils ont fondé des Églises, principalement parce qu’ils ont été des hommes saints, c’est-à-dire des hommes de vie intérieure : voilà le secret, l’âme de leur zèle, de leur persévérance et de leurs succès ; voilà l’enseignement solennel qu’ils nous ont transmis et que j’ai plaisir à vous rappeler, afin que ce soit toujours sur lui que nos missionnaires d’aujourd’hui et de demain fondent la raison première et essentielle de leur sanctification et de celle des âmes qui sont et qui leur seront confiées (...) soyez des missionnaires saints suivant les traces de ces grands qui vous ont précédés (...) ».

La mission est toujours d’actualité, encore plus, elle est urgente : « en effet le plus grand service que nous pouvons rendre à notre prochain c’est de l’aider à connaitre le Christ pour qu’un jour il puisse aller au Ciel » (Père Federico Highton). Combien de personnes autour de nous ne connaissent pas encore le Christ ? Combien de personnes dans le monde entier ne connaissent pas encore le Christ ? Que faisons-nous pour eux ? N’oublions pas les mots du pape Pie XI, dans son encyclique Rerum Ecclesiae : « Nul ne doit être considéré comme si pauvre et nu, nul si faible, affamé et assoiffé, comme celui qui manque de la connaissance et de la grâce de Dieu ».

Jésus envoie les apôtres « deux par deux ». Il ne veut pas que ses envoyés se comportent en rabbins bien établis qui cultivent leur clientèle. Ils doivent plutôt ressembler aux prophètes Elie et Jean-Baptiste, dépouillés de tout. Priorité absolue à la mission du Royaume, sans prendre de garanties humaines, pas de pain, pas de sac, pas de pièces de monnaie dans la ceinture ; juste de quoi permettre la marche, un bâton et des sandales. Dieu pourvoira, comme pour Elie, nourri par les corbeaux (1R 17) ou Jean, avec les sauterelles (Mc 1,6). C’est seulement dans ce dépouillement que Dieu peut agir pleinement. Pauvre de tout, le disciple est riche de Dieu et capable de l’annoncer librement.
Au cours des siècles, ce nouveau style de mission a inspiré la vie de l’Église et les saints n’ont eu de cesse d’y revenir, luttant contre tous les accommodements, buvant à la source fraîche de l’Evangile dont les exigences sont claires.

Le 26 juin 2011 a été béatifié un grand missionnaire le père Clémente Vismara, appelé le “patriarche de la Birmanie”. Permettez-moi de vous présenter quelques aspects de la vie de ce saint apôtre.
Né à Agrate Brianza en 1897, il est fantassin dans les tranchées pendant la première guerre mondiale, qu’il termine comme sergent-major avec trois médailles “Pour la valeur militaire”. Il comprend que «  la vie n’a de valeur que si on la donne aux autres ». Devenu prêtre et missionnaire de l’Institut Pontifical des Missions Étrangères en 1923, il part pour la Birmanie. Arrivé à Toungoo, dernière ville ayant un gouverneur britannique, il s’y arrête six mois chez l’évêque pour apprendre l’anglais, puis est affecté à Kengtung, dans un territoire de collines boisées, à peine exploré, où vivent des populations tribales soumises à un roi local sous protectorat anglais. En quatorze jours de voyage à cheval, il arrive à Kengtung, où il s’arrête trois mois pour apprendre un peu les langues locales, puis le supérieur de la mission le conduit en six jours de trajet à cheval jusqu’à sa destination finale, Mong Lin, aux confins du Laos, de la Chine et de la Thaïlande.
On était en 1924. Il écrivait à Agrate : « Ici, je suis à 120 kilomètres de Kengtung : si je veux voir un autre chrétien, je dois me regarder dans un miroir  ». Il vit avec trois orphelins dans une cabane de boue et de paille. Son apostolat consiste à se rendre à cheval dans les villages tribaux, à y planter sa tente et à se faire connaître : il apporte des médicaments, arrache les dents douloureuses, s’adapte à la vie des habitants, au climat, aux dangers, à la nourriture, riz et sauce piquante, se procurant de la viande grâce à la chasse. Dès le début il amène à Mong Lin des orphelins et des enfants abandonnés pour les éduquer. Par la suite il a fondé un orphelinat qui est devenu la maison de 200 à 250 orphelins et orphelines. Aujourd’hui il est invoqué comme “protecteur des enfants” et procure de nombreuses grâces dont bénéficient les enfants et les familles.
Clemente vivait dans une grande pauvreté. Il écrivait : «  Ici, c’est pire que dans les tranchées de l’Adamello et du Monte Maio ; mais cette guerre-ci, c’est moi qui l’ai voulue et je dois la faire jusqu’au bout, avec l’aide de Dieu. Je suis toujours dans les mains de Dieu ».
En résumé, le bienheureux Clemente a fondé l’Eglise dans un coin du monde où il n’y a pas de touristes mais seulement des contrebandiers d’opium, des sorciers et des guerriers d’origines diverses ; il y a apporté la paix et il a stabilisé sur ce territoire les tribus nomades qui, grâce à l’école et à l’aide sanitaire, ont progressé et comptent aujourd’hui des médecins et des infirmières, des artisans et des enseignants, des prêtres et des religieuses, des fonctionnaires et des évêques. Bon nombre d’entre eux s’appellent Clemente ou Clementina.
En 1956, alors qu’il avait fondé la ville chrétienne de Mong Lin et converti une cinquantaine de villages à la foi chrétienne, son évêque l’envoie à Mong Ping, à 250 kilomètres de Mong Lin dans l’immense diocèse de Kengtung, où il doit repartir de zéro. Clemente écrit à l’un de ses frères : « J’obéis à l’évêque parce que je sais que si j’agis à mon idée, je me trompe  ». A soixante ans, il donne naissance à une nouvelle mission et fonde la ville chrétienne et paroisse de Mong Ping, une seconde paroisse à Tongtà, et il laisse en héritage cinquante autres villages catholiques. Il meurt le 15 juin 1988 à Mong Ping, où il est enterré près de l’église et de la grotte de Lourdes qu’il a construites. Sur sa tombe, que visitent aussi beaucoup de non-chrétiens, il y a toujours des fleurs fraîches et de petites lampes allumées. 23 ans après sa mort, le 26 juin 2011, le père Clemente Vismara a été béatifié, il sera le premier bienheureux de Birmanie.
Sa confiance en la Providence était proverbiale. Il ne faisait pas de comptes, pas de budget, et ne comptait jamais l’argent qu’il avait. Dans un pays où la majorité des gens souffre de la faim plusieurs mois par an, Clemente donnait à manger à tous, il ne renvoyait jamais personne les mains vides. Ses confrères du PIME et les religieuses de Marie Enfant lui reprochaient d’accueillir trop d’enfants, de personnes âgées, de lépreux, de handicapés, de veuves, de déséquilibrés. Clemente disait toujours : «  Aujourd’hui nous avons tous mangé ; demain le Seigneur y pourvoira ». Il passait ses soirées à écrire des lettres et des articles à la lueur d’une bougie (plus de 2 000 lettres et 600 articles). Il faut ajouter que les écrits du père Vismara, poétiques, aventureux, enflammés d’amour pour les plus pauvres, ont suscité de nombreuses vocations sacerdotales, missionnaires ou religieuses. Il était plein d’amour pour Jésus (il priait beaucoup !) et pour son peuple, en particulier pour les petits et les derniers. Il écrivait : « Ces orphelins ne sont pas à moi mais à Dieu et Dieu ne laisse jamais le nécessaire faire défaut  ». Il vivait à la lettre ce que dit Jésus dans l’Évangile : « Ne vous préoccupez pas trop en vous demandant : Qu’allons-nous manger ? Qu’allons-nous boire ? Comment allons-nous nous habiller ? Ce sont ceux qui ne connaissent pas Dieu qui se préoccupent de tout cela. Vous, au contraire, cherchez le royaume de Dieu et faites sa volonté : tout le reste, Dieu vous le donnera par surcroît  » (Mt 6, 31-34).
Utopie ? Non, pour Clemente c’était une réalité vécue, qui lui mettait la joie au cœur en dépit de tous les problèmes qu’il avait. Le père Clemente Vismara est l’un des quelque 200 missionnaires du PIME qui, de 1867 à aujourd’hui, ont fondé au nord-est de la Birmanie six des quatorze diocèses du Myanmar : Toungoo, Kengtung, Taunggyi, Lashio, Loikaw et Pekong, dont les quelque 300.000 baptisés, évêques, prêtres et religieuses indigènes, représentent plus de la moitié des catholiques de Birmanie.

Aujourd’hui, à l’heure de soutenir une initiative d’évangélisation, nous posons parfois tant de conditions matérielles et humaines… Nous considérons si souvent la mission comme une activité à part. Or c’est au fil du chemin de la vie, sur la route de nos existences quotidiennes, dans nos familles, dans nos écoles, et sur nos lieux de travail, au gré de rencontres souvent imprévues, que se fait l’essentiel de l’évangélisation, et non pas dans des cercles dédiés et fermés, dans des tranches horaires limitées. Il faut tout d’abord raviver en nous la conviction que les paroles d’envoi en mission sont toujours actuelles. Comme hier en Galilée, le Christ appel et envoie ses apôtres pour « expulser beaucoup de démons, faire des onctions d’huile et guérir de nombreux malades ».

Cervantès, célèbre écrivain espagnol, dans son écrit « Don Quichotte », a des mots admirables que nous pouvons appliquer à tous ceux qui s’investissent dans la mission : « Apprends, ô Sancho, qu’un homme n’est pas plus qu’un autre s’il ne fait plus qu’un autre », lance-t-il à son valet. Et plus loin : « Ami Sancho ! apprends que je suis né par la volonté du ciel, dans notre âge de fer, pour y ressusciter l’âge d’or. C’est à moi que sont réservés les périls redoutables, les prouesses éclatantes et les vaillants exploits. C’est moi, dis-je encore une fois, qui doit ressusciter les vingt-cinq de la Table Ronde, les douze de France et les neufs de la renommée. (…) Dors, toi qui es né pour dormir, et fais ce que tu voudras ; mais je ferai, moi, ce qui convient le plus à mes desseins ».

Saint Jean Paul II affirmait : « il est nécessaire que l’héroïque devienne quotidien et que le quotidien devienne héroïque  ». La mission que le Christ nous propose ne peut pas être vécue en profondeur que dans la perspective du plus haut héroïsme chrétien.
Levons notre regard, ouvrons nos oreilles et prenons la décision de mener une existence chrétienne marquée par la mission. Je souhaite finir avec le dialogue entre François Xavier et saint Ignace de Loyola :
François Xavier : « Veux-tu de moi, que je sois éloigné de tout ? Veux-tu, peut-être que je laisse maison, famille, travail ou état ? Tu demandes trop… »
Ignace de Loyola : « Je t’offre beaucoup plus ! Toi, le faux chercheur de vanité, gloire et honneur, vas-tu reculer alors que je viens t’offrir une gloire et honneur meilleurs ? Ne cherche pas honneur, vanité dans des armoiries et couronnes, tu sais bien que ce n’est pas cela ce que tu ambitionnes, ni ce qui t’appel. Lorsque l’applaudissement te réclame, tu penses que tu es arrivé à ta plus grande gloire. Insensé !, ne vois pas tu que ton destin est divin et que cela faisant, tu restes à moitié de chemin ? » (José Maria Pemán, El Divino Impaciente).
François se convertit…devenu prêtre il chercha une gloire plus grande : la sainteté. Il fut et il est un grand héros : Saint François Xavier, missionnaire de l’Orient.

Ainsi soit-il.










 

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