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Homélie pour la messe d’action de grâces de la fin de l’année 2017 (JGA)

  Publié le dimanche 31 décembre 2017 , par Philippe Roy

Action de grâces.

Ce n’est que si je suis conscient, d’une part, de la grandeur de mon péché et, d’autre part, de la grandeur de l’amour de Dieu que je pourrai exprimer à Dieu ma reconnaissance et mon action de grâces. L’intensité de ma gratitude dépend de la conscience que j’ai de ma misère et de ma pauvreté comme de celle que j’ai de la miséricorde divine. Le chrétien est une personne qui a compris qu’il est un débiteur insolvable devant Dieu.


« Il n’y a point d’œuvre plus propre à Dieu que de répandre ses bienfaits, ni à la créature que de rendre grâces ; celle-ci considérant qu’elle ne peut rendre en retour quoi que ce soit d’autre que cette gratitude… Il n’y a qu’une seule œuvre qui nous appartienne et dont nous puissions honorer Dieu : lui rendre grâces ; mettons-y tous nos soins toujours et en toutes circonstances ».
Ainsi s’exprimait, au début du l’ère siècle, le philosophe juif, Philon d’Alexandrie.
Mais il y a, pour nous chrétiens, un contemporain de Philon qui a une autorité bien plus grande : l’apôtre Saint Paul. S’adressant aux chrétiens de Colosses, il déclare : « Soyez enracinés et fondés dans le Christ, affermis dans la foi… et abondez en actions de grâces » (Col 2.7).

Saint Paul, dans l’épître aux Colossiens, reprend comme un leitmotiv, dans chacun des quatre chapitres qui la compose, cette exhortation à l’action de grâces : « Nous rendons grâce à Dieu le Père de notre Seigneur Jésus-Christ… pour votre foi et l’amour que vous avez pour tous les saints »(1.3), « Rendez grâces avec joie au Père qui vous a rendus capables d’avoir part à l’héritage » (1.12), « …abondez en action de grâces » (2.7), « Soyez reconnaissants… faites tout au nom du Seigneur Jésus, en rendant grâces par lui à Dieu le Père » (3.15-17), « Persévérez dans la prière, veillez-y avec action de grâces » (4.2).
Le mot que l’on traduit par “abondez” est un verbe qui signifie : surpasser, amplifier, exceller. La vie du chrétien n’est jamais présentée comme une vie étroite, tout ce qui est mesquin est en contradiction avec la nature d’un enfant de Dieu. L’enseignement du Christ, comme celui des apôtres, invite à une vie pleine dans laquelle nous avons à nous engager sans réserve. Pas de demi-mesure mais, en toutes choses, un engagement de tout notre être, de toute notre volonté et de tous nos sentiments.

L’Evangile nous présente, par exemple, Marie Madeleine, qui «  verse sur les pieds de Jésus la totalité de son parfum de nard pur, un parfum de grand prix » (Jn 12.2-5) ; la maison est remplie de l’odeur du parfum ! Après la pêche miraculeuse, les disciples « laissent tout pour suivre Jésus » (Lc 5.11). Il importe que l’Église connaisse cette spontanéité dans ses gestes, cette générosité dans ses sentiments, cette abondance de vie dans son être profond.
Action de grâces. Le mot grec que l’on traduit par “action de grâces” est « eucharistia », qui a le sens de remerciement, reconnaissance, gratitude.
Il désignait l’action de grâces juive qui était prononcée avant chaque repas, celle que Jésus a prononcée lors du dernier repas avec ses disciples, avant son arrestation. Il est intéressant de constater que, très rapidement, ce mot désignera la sainte messe et deviendra l’action de grâces par excellence.

Le chrétien, un grand débiteur. « Je me sens débiteur », écrivait Saint Jean Paul II dans son testament spirituel. Ce n’est que si je suis conscient, d’une part, de la grandeur de mon péché et, d’autre part, de la grandeur de l’amour de Dieu que je pourrai exprimer à Dieu ma reconnaissance et mon action de grâces. L’intensité de ma gratitude dépend de la conscience que j’ai de ma misère et de ma pauvreté comme de celle que j’ai de la miséricorde divine. Le chrétien est une personne qui a compris qu’il est un débiteur insolvable devant Dieu.
Nous sommes tous indignes de l’amour divin. Rien, en nous, ne justifie l’attitude libérale et gracieuse de Dieu qui nous comble de bienfaits. La gratuité de la miséricorde divine est totale. « C’est par la grâce que vous êtes sauvés. Cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu » (Ep 2.8).

Dans son ouvrage, “La théologie morale du Nouveau Testament”, le Père dominicain Ceslas Spicq , déclare : « Or Dieu étant notre premier, notre principal et notre perpétuel bienfaiteur puisqu’il est le principe de tout ce que nous sommes et de tout ce que nous avons, est en droit d’attendre de sa créature, des pécheurs pardonnés, de ses enfants accédant à l’héritage céleste, la reconnaissance la plus vive ». Saint Paul, dans sa lettre aux Romains (chap. 1), souligne que le péché des païens a été, entre autres, de ne pas rendre grâces au créateur : « En effet, les perfections invisibles de Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité, se voient fort bien depuis la création du monde, quand on les considère dans ses ouvrages. Ils sont donc inexcusables, puisque ayant connu Dieu, ils ne l’ont pas glorifié comme Dieu et ne lui ont pas rendu grâce » (v. 20-21). Nous, croyants, combien ne devrions-nous pas comprendre l’importance de ce devoir qui nous incombe : rendre grâces à Dieu notre Père. Parlant de Saint Paul, le Père Spicq déclare : « Le théologien de la grâce ne pouvait pas ne pas être le prédicateur de l’action de grâces. Pécheur, persécuteur, converti par la miséricorde toute-puissante de Dieu, il a acquis sur le chemin de Damas un tel sens du don de Dieu et une telle âme de gratitude, qu’il saura découvrir en tout la main et le cœur de Dieu et l’en bénir. Il rend grâces à tous moments ». Ce même auteur ajoute un peu plus loin cette phrase excellente : « On reconnaît un croyant à cette lucidité du regard discernant en tout un cadeau du ciel, sa vie c’est de remercier ». En effet, « pour le non-croyant : le fruit de son travail, l’usage qu’il fait de ses biens et de sa fortune, les enfants qu’il met au monde, sa santé personnelle et celle des siens… tout cela est empreint de quelque chose de naturel, de normal qui relèverait d’une grâce générale. Par contre, le croyant sait qu’il est personnellement l’objet de grâces particulières, que tout ce qu’il a, que tout ce qu’il reçoit dans le domaine matériel et spirituel révèle une intention personnelle, bienveillante et gracieuse de son Dieu ». Aussi, ne peut-il faire autre chose que d’abonder en actions de grâces. Le croyant est celui qui, avec les yeux de la foi, discerne la main de Dieu derrière chaque événement de sa vie et s’en émerveille.

Comment exprimer la reconnaissance ? Voyons ce que nous apprend la Bible :

Par des sacrifices. Le sacrifice est un don fait à Dieu pour le remercier de ses bienfaits passés et pour implorer de nouvelles bénédictions. Ainsi, dès la Genèse, Caïn et Abel offrent un sacrifice pour remercier Dieu de ses bienfaits (Gn 4).

Par le chant. Le chant était utilisé pour remercier Dieu pour les bienfaits qu’il a accordés, pour les victoires et les délivrances. Immédiatement après la traversée de la Mer Rouge, Moïse et les Israélites chantent à Dieu un cantique de louange et de reconnaissance que toutes les femmes accompagnent avec leur tambourins et en dansant (Ex 15). Parmi les cantiques célèbres, il y a le cantique de Débora (Jg 5), le cantique d’Anne (après la naissance de Samuel, 1S 2.1-1), le cantique d’Ezéchias (Es 38.10-20), le cantique de Marie, de Zacharie, de Siméon. A tout cela, il faut ajouter plus de trente psaumes dont l’objet direct est la reconnaissance (9, 18, 21, 30, 34, 40, 46, 48,…).

Par la prière. L’Evangile montre le Seigneur utilisant la prière pour adresser à Dieu son action de grâces. Ainsi, après la résurrection de Lazare : « Jésus leva les yeux en haut et dit : Père je te rends grâces de ce que tu m’as exaucé  » (Jn 11.41).
Le pasteur Ruben A. Torrey a écrit dans son livre “Comment prier” : « Quand nous nous approchons de Dieu pour solliciter de nouvelles bénédictions, nous ne devrions jamais oublier de le remercier pour les bénédictions déjà reçues. Si l’un quelconque d’entre nous s’arrêtait pour considérer le grand nombre de fois où Dieu a répondu à sa prière et la rareté des cas où il est revenu vers Dieu pour lui rendre grâces, je suis sûr qu’il serait écrasé de honte. Il nous faut être aussi précis en rendant grâces à Dieu que nous le sommes en priant. Nous venons à Dieu avec des demandes précises, mais quand nous lui rendons grâces, c’est de manière vague et générale » Et il poursuit :«  Rendre grâces pour les bienfaits reçus augmente notre foi, nous rend capables de nous approcher de Dieu avec une nouvelle audace et une nouvelle assurance. Nous arrivons à éprouver du fond du cœur qu’il n’y a rien de trop difficile pour Dieu ».

Enfin en s’offrant soi-même. Une dernière forme de l’action de grâces : l’offrande de nous-mêmes. Sur la croix, le Christ s’est offert, une fois pour toutes, en sacrifice parfait pour le salut de l’humanité. Nous aussi nous devons faire don de nous-même : « Offrez vos corps comme un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, ce qui sera de votre part un culte raisonnable » (Rm 12.1). Réconcilié avec Dieu le chrétien offre à Dieu, en sacrifice de reconnaissance, sa personne, tout ce qui lui appartient afin que Dieu l’utilise pour sa gloire.

Quelle place accordons-nous à l’action de grâces dans notre vie personnelle, dans notre vie de famille et dans notre vie communautaire ? Sommes-nous capables de nous émerveiller encore devant les bénédictions de Dieu ? Dans les évangiles, Luc fait le récit de la guérison des 10 lépreux dont un seul est revenu remercier Jésus, qui interroge avec tristesse : «  Dix n’ont-ils pas été purifiés ? Les neuf autres, où sont-ils ? Ne s’est-il trouvé que cet étranger pour revenir donner gloire à Dieu ? » (Lc 17.12-19) Dans sa 2ème lettre à Timothée, Paul écrit que, dans les derniers jours, les hommes deviendront ingrats, a-charistoï (2Tm 3.2). Dans la lettre aux Colossiens (3.15), en revanche, il invite à être des eu-charistoï, c’est-à-dire des hommes et des femmes reconnaissants. Etre reconnaissant, tel est le devoir premier du chrétien.

Le plus grand obstacle à l’émerveillement est l’aveuglement spirituel, l’esprit pharisaïque. Le pharisien ne s’émerveille plus ; pour lui, les bénédictions de Dieu lui sont dues, il les mérite. C’est pourquoi Jésus a dit : « Bienheureux le pauvre en esprit » ! Bienheureux, celui qui est conscient de sa pauvreté spirituelle, qui n’a aucun mérite à faire valoir devant Dieu car il saura s ’émerveiller devant la grâce et l’amour de Dieu. Comme Jacob, il s’écriera : « Je suis trop petit pour toutes ses grâces » (Gn 32.11). Avec Marie, il confessera : « Mon âme exalte le Seigneur et mon esprit est dans l’allégresse parce que Dieu a jeté les yeux sur son humble servante » (Lc 1.46).
L’authentique action de grâces naît de l’étonnement, de l’émerveillement d’être aimé et comblé par Dieu. La vie chrétienne toute entière devient alors actions de grâces !

Ainsi soit-il.

D’après l’article du Pasteur Paul Aimé Landes, “L’action de grâces dans la Bible”.










 

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