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Éphésiens 4, 11-16 et l’ecclésiologie du Concile Vatican II - 9/12

Père Mario Saint-Pierre, prêtre et théologien

  Publié le jeudi 12 mars 2009 , par Père Mario Saint-Pierre

Paul, l’apôtre des Nations, n’a pas hésité un instant à expérimenter les approches pastorales qui lui permettaient de développer une évangélisation féconde. Les paroles fortes et profondes écrites à la communauté d’Éphèse, grâce à sa riche expérience et au succès connu dans cette ville, ne sont pas uniquement le fruit d’une réflexion théorique sur l’Église, mais aussi le fruit d’une expérience évangélisatrice qui s’est démultipliée avec force. Paul peut écrire dans sa lettre aux Éphésiens (4, 11-16) le passage le plus riche, le plus profond, le plus complexe, le plus articulé et le plus beau sur l’Église en croissance.


- 11. Et c’est lui [le Christ] qui a donné
aux uns d’être apôtres,
aux autres d’être prophètes,
aux autres d’être évangélisateurs,
et aux autres d’être pasteurs et enseignants,

- 12. en vue de [1] (pros) la formation des saints
pour (eis) l’œuvre du ministère,
pour (eis) la construction du Corps du Christ,

- 13. jusqu’à (mekri) ce que nous parvenions
tous ensemble à (eis) l’unité
de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu,
à (eis) l’homme accompli,
à (eis) la taille maximale de la plénitude du Christ,

- 14. afin que (hina) nous ne soyons plus
des enfants ballottés,
menés à la dérive à tout vent de doctrine
par la tromperie des hommes
par leur ruse dans les moyens de séduction,

- 15. mais que, vivant la vérité dans l’amour,
nous croissions à (eis) tous égards
[vers] Celui qui est la Tête, le Christ,

- 16. de qui le corps tout entier
coordonné et bien uni
grâce à toutes les articulations qui le desservent
selon une activité répartie à la mesure de chaque partie
réalise la croissance du corps
pour (eis) sa construction dans l’amour.

Ainsi, le verset 11, qui ouvre une longue et unique phrase jusqu’au verset 16, énumère un ensemble de fonctions : apôtres, prophètes, évangélisateurs, pasteurs et enseignants. Michel Bouttier présente une explication globale de cette liste : « Seules sont retenues les fonctions liées à la révélation, à sa proclamation et à son enseignement. […] Nous sommes à la charnière de l’époque apostolique révolue et de l’Église en voie d’institutionalisation où l’épiscopat deviendra détenteur de l’autorité. » [2] Ici, les 5 fonctions sont toutes en rapport avec l’évangélisation. Les ministères ordonnés ne sont pas mentionnés explicitement, même s’ils peuvent être en quelque sorte pressentis et inclus dans la fonction de « pasteurs ». N’oublions pas que Paul est désormais absent de la communauté d’Éphèse. Il s’assure que les fonctions directement liées à l’engendrement de l’Église dans sa mission évangélisatrice sont maintenues, pour que l’Église continue sa croissance.

Le commentaire du père Jean-Noël Aletti va dans le même sens : « Ce n’est pas l’Église qui se donne à elle-même des ministres pour son bon fonctionnement, elle les reçoit du Christ lui-même. […] Le verset [11] énumère une hiérarchie de fonctions, qui sont par ailleurs les unes et les autres mentionnées dans le NT et sont toutes en rapport avec l’Évangile, à sa proclamation, à son interprétation, à sa prédication et à l’enseignement qui en découle. » […] « La liste d’Ép 4, 11 mentionne donc les seuls ministères directement impliqués dans l’annonce et l’explicitation de l’Évangile, du mystère. Car, en réalité, le v. 11 montre comment se réalise le mystère ; c’est en effet du Christ que vient l’initiative de doter l’Église, qui est son corps, d’apôtres et autres ministres qui la feront entrer dans la connaissance du mystère : la dynamique de l’annonce du mystère vient du Christ lui-même, telle est bien la pointe du verset. » [3] Il est très important de relever, à la lumière de ces deux exégètes, la dimension essentiellement évangélisatrice de chacune de ces cinq fonctions qui, comme on le verra dans les versets suivants, permettent la croissance ecclésiale.

Sans entrer dans les détails d’un travail exégétique minutieux, soulignons quelques aspects de cette ecclésiologie de croissance. D’abord, citons deux passages importants du père Aletti concernant l’ensemble de la phrase : « C’est grâce aux ministères directement impliqués dans l’annonce et l’interprétation du mystère, que tous les croyants sont en mesure d’œuvrer pour la croissance du corps ecclésial. L’Église est un ensemble organique où tout est lié. » […] « La croissance organique constitue le bouquet final, car elle exprime la vie, la vitalité du corps ; le texte fournit ici un critère pour juger de l’origine de la vitalité de l’Église : tout ce qui fait croître harmonieusement le corps vient du Christ. » [4] À l’aide de cette interprétation du père Jean-Noël Aletti sur les cinq fonctions pauliniennes (Ép 4, 11), nous comprenons l’importance du lien essentiel existant entre la mission évangélisatrice et la croissance de l’Église.

Paul utilise au verset 12 un verbe substantivé : « katartismon  ». Il s’agit d’un emploi unique dans le Nouveau Testament. Ce mot signifie : acte de compléter, de parfaire, de préparer, d’équiper et de former. Michel Bouttier souligne avec raison : « Le substantif « katartismon  » n’est employé qu’ici, mais Paul use du verbe qui correspond à ajuster et consolider les éléments divers assemblés pour former un tout – ainsi assembler (les pièces d’un navire). Il s’agit de la formation des saints, de leur équipement ; il n’y a pas d’hésitation possible pour ce passage : les saints, ce sont les fidèles. Cet assemblage comporte une double tâche, extensive et intensive : celle qui nécessite la consolidation en chacun de l’unité de l’être croyant, et celle qui nécessite l’assemblage de tous, destinés à constituer un corps. » [5] Ainsi la diversité des fonctions évangélisatrices a une origine christologique qui s’enracine dans le Mystère trinitaire, une finalité de communion ecclésiale qui se vérifie dans la croissance et une approche d’intégration qui permet une formation totale et unifiante du corps et des membres du corps. Cette approche d’intégration se vérifie dans le verset 16 où il est particulièrement question du « corps tout entier, coordonné et bien uni grâce à toutes les articulations qui le desservent selon une activité proportionnée à la mesure de chaque partie ». L’intégration dans la croissance et la fécondité de la mission évangélisatrice implique équilibre, harmonie, mesure, dosage, proportion, lien, etc. La réalité biologique intégrale s’impose en quelque sorte à la vision ecclésiologique qui, elle aussi, doit être qualifiée « d’intégrale ». Sans cette « mesure », l’Église ne peut croître, être en bonne santé, vivre et se multiplier.

Entre la tête et le corps, la croissance s’inscrit dans un double mouvement réciproque et dynamique :
- 1. Éphésiens 4, 15 : du corps, la confession de foi permet la croissance vers la Tête, pourvu que toutes les parties du corps restent unies (un membre détaché du corps ne peut plus croître et vivre, il entrave l’équilibre du corps dans l’ensemble de sa croissance) ;
- 2. Éphésiens 4, 16 : en retour, du Christ Tête, duquel ou de laquelle proviennent nourritures et articulations, le corps reçoit une croissance qualifiée, c’est-à-dire une croissance mesurée, équilibrée, harmonieuse. Ce double mouvement dans la croissance n’est possible que « dans la charité ». Paul utilise l’expression aux versets 15 et 16 : « C’est la charité qui réunit, édifie, cimente ; c’est par elle que nous formons un corps. Si nous voulons donc participer à l’esprit de vie qui descend de la tête, soyons mutuellement unis » (Saint Jean Chrysostome, Homélie sur l’épitre aux Éphésiens). C’est pourquoi, nous prions à propos de l’Église dans la prière eucharistique II du Missel romain : « Fais-la grandir dans ta charité… ».


[1] Les mots en caractère gras indiquent une finalité. Dans cette seule phrase de 6 versets, nous retrouvons 8 prépositions (soulignées) et 2 conjonctions de subordination (italiques) qui indiquent une finalité.

[2] BOUTTIER, Michel, L’épitre de saint Paul aux Éphésiens, ‘Commentaire du Nouveau Testament’ – 2e Série, IXb, Labor et Fides, Genève, 1991, 187.

[3] ALETTI, Jean-Noël, Saint Paul. Épitre aux Éphésiens. Introduction, traduction et commentaire, Paris, Éditions J. Gabalda et Cie, 2001, 218, 219.

[4] ALETTI, Jean-Noël, Saint Paul. Épitre aux Éphésiens, 220-221, 227.

[5] BOUTTIER, Michel, L’épitre de saint Paul aux Éphésiens, 188.










 
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