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Du tourisme de la mort en Suisse

  Publié le jeudi 11 novembre 2010

Quelques éclairages et faits du pays légal et réel en Suisse ; compte-rendu non exhaustif à partir de divers articles de journaux et documents accessibles, avec quelques commentaires succincts en sus.


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Les normes en vigueur concernant l’inhumation en Suisse

Il convient de dire avant tout qu’en Suisse les cantons sont souverains pour autant que la compétence n’est pas donnée à la Confédération. La Confédération a, dans ce dernier cas, une compétence exclusive ou non, selon ce que dit la constitution de la Confédération suisse en particulier.

- Le laps de temps écoulé entre le moment de la mort du défunt et de la mise en terre (cercueil) ou de l’incinération (urne funéraire) est réglé par le droit cantonal ; en règle générale et pour la plupart des cantons, ce délai est de 48 heures ;

- Les dernières volontés du défunt concernant des vœux concrets pour son enterrement ou son incinération en particulier sont à respecter, pour autant qu’il n’y a pas de violation légale. Un testament ne s’y prête d’ailleurs guère puisqu’en général, à l’ouverture de celui-ci par le notaire, le défunt est déjà enterré.

- Mise en bière : dans bien des communes municipales en Suisse, les offices funèbres (urbains) s’occupent du transport et de la mise en bière. Les proches ont toutefois le droit de mandater des services funèbres professionnels.

- La dépouille mortelle du défunt reposant dans un cercueil peut être brûlée dans un crématorium. Il restera environs 2 kg de cendres. Les proches du défunt sont autorisés à y venir chercher ces cendres dans des urnes funéraires et peuvent en principe en disposer librement.

- Des inhumations dans la nature sont autorisées dans un cadre privé, il n’y a aucun souci du côté de la protection de l’environnement. Il importe pourtant que le propriétaire du terrain où le défunt est inhumé ait donné son accord et qu’aucun droit de tiers ne soit violé.
Cette façon de faire a le vent en poupe et les Eglises catholiques craignent à l’image du porte-parole de l’Eglise cantonale de Zurich que les inhumations deviennent anonymes, puisque les proches n’ont plus de lieu où ils peuvent faire mémoire du défunt.
S. Weber, porte-parole de la FEPS (Fédération des Eglises Protestantes de Suisse) se montre moins critique au motif qu’il trouve plus important la cérémonie d’inhumation en tant que telle et l’accompagnement des proches plutôt que le lieu de l’inhumation du défunt.

- Les inhumations dans un fleuve ou lac sont également autorisées dans un cadre privé, pour autant que soit utilisé un récipient dont le matériau soit dissoluble à l’eau et dans des quantités qui ne laissent pas de traces visibles ; il n’est en revanche pas toléré le fait de jeter dans un lac des urnes funéraires entières contenant des cendres humaines par dizaines à la fois.

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- Disperser les cendres humaines dans la mer est licite, et c’est le droit du littoral du pays concerné qui est applicable pour autant que la distance de 200 milles marins [1] depuis le littoral ne soit pas excédée.

- Les cendres humaines peuvent être dispersées dans l’air, par exemple depuis le sommet d’une montagne ou depuis une montgolfière ; un proche du défunt doit toutefois demander une autorisation s’il veut le faire depuis un hélicoptère ou un petit avion. Toutefois, celui ou celle qui veut que ses cendres soient emmenées en avion ou en hélicoptère au-dessus d’un glacier pour y être disséminées depuis les airs devrait se rendre à l’évidence qu’un avion occasionne beaucoup de vent et de bruit et que cela est loin de contribuer à la solennité et gravité qui sied à un tel moment.

- Inhumation en terre : dans ce cas, il y a une obligation générale de le faire au cimetière exclusivement ("Friedhofszwang"). La dépouille mortelle doit alors être mis dans un cercueil en matériau dégradable. Les détails sont réglés par les communes. Des objets chers au défunt à accompagner le mort dans sa tombe sont licites pour autant qu’ils soient en matériau biodégradable.
Dans la plupart des cas, les communes et leurs offices s’efforcent d’aller dans le sens de ce que veulent les proches du défunt.

Cas particuliers

- Les prématurés et les fausses couches : les offices communaux et municipaux sont davantage disposés aujourd’hui à créer une parcelle du cimetière affectée à eux spécialement ; jadis, un fœtus jusqu’à 16 semaines devait être « éliminé » et « disparaître » dans l’hôpital même, avec les autres déchets résultant des opérations qui y étaient faites.

- Les animaux : au cercueil du défunt mis en terre au cimetière ne peut en aucun cas être joint un animal, même si le défunt a été le détenteur de l’animal.

Suisse et Europe

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Pour la plupart des défunts en Suisse, le lieu du dernier repos est encore et toujours le cimetière. En l’an 2008, 61 200 personnes sont mortes en Suisse. Plus de deux tiers des morts sont incinérés, même dans les cantons traditionnellement catholiques. Et ce n’est pas seulement une question de coûts. Car, lors de l’incinération, les proches peuvent prendre congé du défunt de manière plus individuelle. Selon des estimations officieuses, les cendres de 5% de tous les incinérés ne sont pas mises en terre dans les cimetières, mais réparties dans des prés, versées dans des fleuve, rivière ou lac voire gardées dans une urne-décor comme souvenir sur la cheminée, à la maison.

Tandis que chez bon nombre de nos voisins européens (à l’exception notable toutefois de la Belgique et des Pays-Bas où l’euthanasie tout court est légalisée) il existe une contrainte d’inhumer non seulement les cercueils, mais aussi les urnes funéraires dans dans l’enceinte du cimetière, en Suisse, les proches du défunt peuvent disposer librement des urnes funéraires seulement. La législation ne connaît que peu d’exceptions, comme par exemple les dernières volontés du défunt qui doivent être respectées, pour autant qu’ils ne violent pas des droits constitutionnels de tiers.

Un diamant-souvenir créé à partir des cendres d’un défunt

La liberté des cendres ("Aschefreiheit") ouvre de nouvelles possibilités pour des affaires juteuses. Et parfois du style très terre à terre et crûment : dans le canton des Grisons par exemple, la firme A. transforme les cendres du défunt en diamant-souvenir. Aussi, la personne chère à un proche et incinérée, peut trouver le repos ultime à l’annulaire d’un de ses proches, ou encore se retrouver dans un coffre-fort. Le coût de l’opération s’élève à plus de 5 600 francs suisses (plus de 4 000 euros).

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La firme A. produit en moyenne soixante diamants par mois.
Ses clients sont surtout des parents qui ont perdu un enfant ou un époux dont le conjoint est mort de manière subite, inattendue ou par accident.
Très souvent aussi, ils viennent depuis l’étranger ; cela est imputable au fait d’une législation rigoureuse et sévère en cette matière (France, Allemagne p. ex.) qui fait que ce sont seulement des employés de services funèbres qui sont habilités à porter les cendres en Suisse pour qu’elles y soient traitées, auprès de la firme A.
Depuis l’Asie, où le rapport à la mort est moins formel, il entre des commandes tous les jours pour un diamant-souvenir.

La firme A. a besoin de cinq cents grammes de cendres pour un « diamant-souvenir ».
Dans une première phase, c’est le carbone qui en est extrait ; celui-ci est emmené dans les pays européens alentour où sont produites, dans une deuxième phase, les pressions et températures nécessaires au processus de transformation. Ce qui dans la nature nécessite des millions d’années prend ici quelques semaines ; en tout et pour tout quatre mois environs.
Des fiches signalétiques garantissent que le bon diamant-souvenir arrive à bonne destination du proche endeuillé.

Il y a des cas limites aussi : on avait remis le "diamant-souvenir" au mari de la défunte ; celui-ci de se plaindre en disant que la pierre était trop sombre alors que sa défunte femme avait toujours été « blanche, claire et pure » ; alors que le carbone laisse une empreinte unique et indélébile pour chaque personne défunte ainsi "pétrifiée".

Un professionnel des pompes funèbres estime qu’un "diamant-souvenir" peut assurément aider un proche à surmonter son deuil, mais aussi et tout autant le bloquer dans son temps de deuil voire au-delà, et pour de bon. Il n’existe donc pas de solution miracle, mais seulement des personnes et des proches endeuillés pour qui ce moyen peut être soit idoine, soit moins indiqué, soit pas du tout approprié.

Il convient donc de parler d’un phénomène du tourisme de la mort qui se pratique à une échelle non négligeable et, qui plus est, n’est pas gracieux. _ Le second volet de ce tourisme de la mort est celui-ci : beaucoup de personnes viennent en Suisse pour qu’il leur y soit administré la mort de manière légale par des associations assistant leur mort["Sterbehilforganisation"...], ce qui est aujourd’hui et pour le moment illégal dans la plupart des législations en vigueur des Etats européens.

Des urnes funéraires versées dans le lac de Zurich

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En avril 2010, des plongeurs trouvèrent plusieurs dizaines d’urnes funéraires contenant des cendres humaines, dans le lac de Zurich. Le Ministère public (Procureur) du canton de Zurich avait ouvert action contre inconnu. Mais l’affaire n’était pas simple du point de vue juridique à partir du moment que la preuve de la violation de la dignité de la personne humaine, fût-elle morte, n’était pas apportée. Aussi, faute de preuves et de témoins qui auraient assisté à la scène surréaliste de voir le lac accueillir des urnes funéraires par dizaines, le ministère public a dû clore l’instruction sans donner suite à ce dossier. En cas de condamnation, le tribunal aurait pu prononcer une amende jusqu’à 50 000 francs suisses (plus de 35 000 euros).

Selon l’avis autorisé d’un professionnel des pompes funèbres, cet événement était parfaitement illégal au motif que, dans le cas d’espèce, on a dû faire le travail en gros et procéder, non pas au cas par cas et en rituel de deuil individuel, ce qui constitue une violation de la dignité de la personne, fût-elle morte.

La dispersion de cendres humaines dans la nature, en Valais

Avant 2008, D. K., qui pratiquait un service funéraire à titre professionnel dans le canton touristique du Valais dans les Alpes suisses, a procédé à la dispersion de cendres humaines dans la nature pour les ressortissants allemands qui voulaient y être inhumés, sur le territoire d’une commune du Val d’Hérens, en Valais.

Or, le souverain valaisan a, par une votation populaire en novembre 2008, accepté une révision de le Loi sur la santé publique selon laquelle l’inhumation et/ou dispersion de cendres humaines à titre professionnel en dehors des cimetières seraient interdites à partir de juillet 2009.

Devant le refus de la commune de V. de réserver une surface de forêt équiparée à un cimetière pour poursuivre son commerce, D. K. a fait contre mauvaise fortune bon cœur en déclarant que des propositions semblables de la part d’autres cantons suisses, plus proches de la frontière avec l’Allemagne, lui étaient déjà parvenues ; à ce détail près que les ressortissants allemands ayant le désir d’être inhumés en Valais, à savoir au lieu même où ils ont l’habitude de passer des vacances ou retrouver leur résidence secondaire, n’en conviendront pas forcément et ne voudront pas être enterrés au hasard dans le canton de Schaffhouse, un des cinq cantons suisses ayant une frontière commune avec l’Allemagne, avec lequel ils n’ont eu, de leur vivant, aucun lien matériel ni émotionnel ... sic transit gloria mundi ...

Pourtant, une lecture moins prosaïque de ce tourisme de la mort paraît plausible et même nécessaire.

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En effet, dans une société anonyme dans laquelle la mort est un tabou et le paraître son unique article de bienséance, la dernière ronde macabre post festum est payée comme une dette inéluctable à un mort anonyme qui n’est plus, qui ne laisse aucune trace, inodore, dans l’anonymat presque généralisé et indifférent, coupable de l’oubli de son identité et du "Memento mori" qui prépare et aide les croyants, dans une mémoire vivante en Eglise, de rendre un dernier à-Dieu au défunt en l’offrant par ses suffrages et offrandes spirituelles ensemble à Celui "(qui est) l’alpha et l’oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin" (Apocalypse 22,13), à Celui aussi "qui nous donne l’existence, le mouvement et l’être" (Actes des apôtres 17,28), et que nous voulons invoquer jour et nuit : "Dieu tu es mon Dieu, je te cherche dès l’aube, mon âme a soif de toi ... " (Psaume 62 ; voir aussi - pars pro toto - Colossiens 3, 15-17).

N’ayons donc pas peur de devenir ce que nous sommes, des saints, et jusque dans la célébration des funérailles de nos défunts, en Eglise et en communion les uns avec les autres, et soyons confortés par les paroles du Christ Jésus lui-même, dans les réalités de notre pain quotidien : "Dans le monde, vous trouverez la détresse, mais ayez confiance : moi, je suis vainqueur du monde" (Jean 16,33).

Les pompes funèbres professionnelles

Des règles plus sévères valent pour des pompes funèbres professionnelles et des associations assistant la mort telles que Dignitas ou Exit .

Les pompes funèbres professionnelles doivent demander une autorisation pour inhumer en forêt ou dans un lac.

Pour des inhumations dans un lac, il ne serait donné aucune autorisation en principe, selon le porte-parole du gouvernement du canton de Zurich dans un communiqué de 2010, car une telle utilisation des eaux "ne serait compatible en aucune façon avec le sentiment esthétique et moral de la population".

Les associations qui accompagnent la mort de particuliers : état de la discussion en cours

Dignitas et Exit , les deux associations qui assistent la mort (sic !) d’une personne désireuse de mourir, avec laquelle elles ont conclu, dans des jours meilleurs, un contrat privé qui stipule que N.N. obtiendra l’assistance pour mourir au moment qu’il voudra, en particulier devant des maladies dégénératives du cerveau ou encore des maladies dont le seuil tolérable de souffrance est, aux yeux du patient concerné, dépassé, ou encore, de façon terriblement banale, selon une décision prise (et en soi licite) par la personne désireuse de mourir n’est pas tenue juridiquement de rendre compte à qui que ce soit.

Depuis quelques années, plus particulièrement suite à des péripéties et activités réelles et/ou supposées de Dignitas et d’ Exit , dûment reprises et amplifiées par les médias, les discussions sont en cours pour savoir de quelle manière mieux délimiter et cerner cette zone juridique grise et limite située entre la vie et la mort : soit en appliquant plus strictement le droit en vigueur actuellement, soit par une révision de loi ou une nouvelle loi.

A mon avis, L’Eglise catholique en Suisse est interpellée à faire entendre sa voix à nouveau au moins à deux titres :

- défendre le principe du droit à la dignité de la personne comme inviolable du début d’une vie humaine (sc. ovule fécondé) jusqu’à la fin, et même au-delà pour ce qui est du respect dû à la dépouille mortelle et à la paix des morts ;
- proposer voire reconsidérer et augmenter une pastorale globale, compétente et discrète concernant des personnes en fin de vie ou non, de sorte que les personnes désireuses de se donner la mort, aient au moins l’occasion de parler aussi à un interlocuteur pro life en particulier ou trouver un confident acquis à la cause de la vie ... pour revenir, le cas échéant, sur leur décision fatale.

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Les Eglises chrétiennes et l’incinération en Suisse

Il n’y a pas si longtemps que les Eglises chrétiennes ont refusé les incinérations, même si, dans le canton de Zurich, la première incinération eut lieu en 1889 déjà, l’Eglise catholique la reconnaissant seulement en 1963.

Aujourd’hui toujours davantage de personnes choisissent l’incinération et non le cercueil pour être inhumé.

A Zurich, environs 85 % des défunts sont incinérés, au niveau de la Suisse environs 70 %, avec nettement plus de réticence - c’est un constat empirique - du côté de la Suisse romande ou francophone et des clivages avérés entre la ville et la campagne.

Bien des communes en Suisse alémanique ont réagi devant ce constat. Ainsi Winterthur, la deuxième plus grande ville du canton de Zurich, a préparé trois cents places pour des urnes contenant des cendres humaines à mettre en terre au pied d’un arbre, dans une partie du cimetière spécialement affectée à cette fin ("Friedwald"). D’autres communes, plutôt situées en Suisse alémanique, suivent le mouvement pour affecter une zone de forêt délimitée, toujours dans l’enceinte d’un cimetière, où des cendres peuvent être dispersées au cas par cas.


[1] 1 mille marin = 1 852 mètres.










 

Conception et développement : bonnenouvelle.fr

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