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« Soudain viendra dans son Temple
le Seigneur que vous cherchez »
(Malachie 3, 1-4)

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Diaconie 83 : Miséricorde

Octobre 2009 - n° 2

  Publié le jeudi 17 septembre 2009 , par Yann de Rauglaudre

Le comité chargé de coordonner les années de la Diaconie publie la seconde étape du parcours imaginé pour animer la seconde année de la Diaconie (septembre 2009 - mai 2010).


« Moi non plus je ne te condamne pas… » Jean 8, 11

Miséricorde

Chanoine Antoine Carli
Commentaire de l’évangile de Jésus-Christ selon saint Jean - chapitre 8 versets 1 à 11 [1]

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Antoine Carli

La foule nombreuse est là, à la porte de la ville, qui se presse pour être au plus près du Maître. Il ne faut perdre aucune de ses paroles : « Personne n’a parlé comme cet homme ! » Jésus s’assied. Il parle d’abondance du cœur : « Nul ne connaît le Père si ce n’est le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler. » C’est une contemplation exprimée à haute voix que rien ne doit interrompre. Le Ciel sur la terre !

Des cris d’hommes en colère rompent ce silence sacré. Ils traînent une femme horriblement traitée, comme un animal qu’on veut abattre. Ils lui crachent au visage, la rouent de coups, lui arrachent ses habits, la jettent à terre et la piétinent. Jésus se lève et hurle à ces gens sans pitié d’arrêter le massacre : « Pourquoi vous acharner sur cette pauvre femme ? Voyez son visage tuméfié, voyez ses yeux hagards… La peur lui arrache des cris de douleur. Que lui voulez-vous ? » « Nous l’avons surprise en train de commettre l’adultère. Nous obéissons à la Loi de Moïse : ‘il faut la lapider’. Et toi, qu’en dis-tu ? » Silence de Jésus, silence de la foule, silence des agresseurs : une révolution spirituelle est en train de se produire. Jésus regarde ces hommes. Leur visage est envahi par la haine ; Il a du mal à lire en eux l’amour que son Père leur donne. Moïse a bien édicté cette Loi ; mais « je suis venu non pas pour la détruire mais pour la parfaire. » Moïse voulait protéger son peuple du laisser-aller dont les païens leur montraient l’exemple. On a dû en profiter et abuser de son nom pour faire des victimes sans appel !

Cette femme, qui la connaît vraiment ? Peut-on juger toute une existence sur un acte répréhensible certainement, mais peut-être explicable. Qui est son mari ? Comment la traite-t-il à la maison ? Peut-être a-t-elle eu besoin de chercher ailleurs le manque d’amour dont elle souffre depuis longtemps ? Peut-être a-t-elle été entraînée par un homme qui l’a convoitée ? David lui-même n’a-t-il pas été responsable de la chute de Bersabée ? Cette pauvre pécheresse verse toutes les larmes de son corps, plus par regret que par crainte, maintenant qu’elle vient de croiser le regard de Jésus. Elle commence un chemin intérieur de purification. Cet homme au regard si profond va-t-il la condamner ? Celui ne lui paraît pas possible. Aussi s’accroche-t-elle à son vêtement, comme d’autres malades le font ou le feront : « Seigneur, guéris-moi », lui crie-t-elle du fond du cœur. Jésus seul entend cette supplique. Il contemple en elle l’Esprit à l’œuvre. L’amour a repris sa place dans ce cœur meurtri par le découragement ou même par le désir mauvais. « Va, ma fille, sois guérie ! » Jésus est venu sauver tous les hommes… surtout ceux dont le cœur s’est endurci. Il s’attache à apaiser ces visages décomposés par la vengeance. Il faut qu’ils rentrent en eux-mêmes et se purifient de leurs propres fautes. « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter la pierre. »

Le geste et la parole de Jésus sont liés. Il pose une autre question plus difficile à accepter sans être ébranlé : « Et moi, où en suis-je ? Quelle est ma vie ? quels sont mes choix ? n’ai-je pas moi-même à me reprocher certains faits et gestes que moi seul connais ? Combien de fois me suis-je réjoui de n’avoir pas été pris sur le fait, à tel moment de mon existence le moins glorieux dont je rougis en y pensant encore ? Et combien je remercie le Seigneur de m’avoir sorti d’un mauvais pas en mettant sur mon chemin un frère ou un cœur capable de m’écouter, de me comprendre, d’être miséricordieux et de me redonner confiance en la vie ! Combien de gestes de pardon sacramentel m’ont redonné la joie et m’ont fait progresser en sainteté ! »

L’un après l’autre, les accusateurs se retirent, traversent la foule médusée. La « femme adultère » est sauvée par le Saint Homme de Dieu qui lui a fait découvrir le chemin de l’amour pur. « Moi non plus, je ne te condamne pas ! » Moïse est certainement exaucé en ce Jésus qui a accompli le geste le plus beau, celui du Pardon de Dieu. Moïse se rappelle la supplication adressée au Seigneur en colère à cause de l’apostasie du peuple choisi : « Que vont penser de toi les païens. Ils diront que tu les as fait sortir d’Egypte pour les détruire. » Alors, Dieu ne se venge pas… il pardonne !

Comment, après un événement aussi lourd de souffrances et de désespérance, est-il possible d’oublier la recommandation de Jésus : « Va et ne pèche plus ! » Cette « femme sans nom » est devenue sans doute une de ces saintes qui ont suivi Jésus jusqu’à la croix. Elle a dû, mille fois, proclamer : « Il m’a aimée comme Dieu seul peut aimer… en mourant d’Amour ! »


Questions d’ouverture

Ces questions font le lien avec notre vie quotidienne, pour nous aider à nous interroger sur notre façon de vivre l’évangile, et poser des actes concrets.
Proposées par le père Alexis Wiehe

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AlexisWiehe

Jusqu’où doit-on pardonner ? « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante dix fois sept fois. » L’évangile est Bonne Nouvelle du pardon de Dieu qui nous offre la possibilité d’aller toujours plus loin dans nos relations les uns envers les autres. Notre cœur est si facilement transformé en tribunal où on se plait à faire comparaître ceux que nous côtoyons. C’est si facile de voir le mal à l’extérieur de nous. Si facile de voir la paille dans l’œil du voisin ! Si facile d’accuser ceux qui ne sont pas comme nous, de réduire le pécheur au péché qu’il a commis.

Afin d’exercer un regard de miséricorde, il nous faut nous mettre sous le regard miséricordieux de Dieu qui fait lever son soleil sur les bons et les méchants. Accueillir cet amour fou qui va jusqu’à pardonner mes péchés. « Mes enfants, il faut bien demander le repentir. Il faut, après sa confession, planter une épine dans son cœur et ne jamais perdre ses péchés de vue. » (curé d’Ars)

« Oui, je connais mon péché ; ma faute est toujours devant moi. » dit le Psaume. C’est une grâce de voir son péché. Non pas pour s’enfermer dans la culpabilité, mais pour accepter d’être sauvé par Jésus, pour arrêter de se croire supérieur aux autres.

Relisons le sermon sur la montagne : « Si votre justice ne dépasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le Royaume des Cieux. » Puisque le fruit de l’amour est le don de nous-mêmes dans le service, le pardon seul nous permet d’aller au-delà du don, toujours plus loin.


O Jésus regarde moi !

Proposée par Olivier de Boisgelin - Diacre

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Olivier de Boisgelin


Prostré dans le milieu du cercle,
Tous, ils me fixent et me scrutent.

Je sens leurs cailloux cogner dans ma tête, éclater ma poitrine, pénétrer ma honte.
O Jésus, regarde moi !

Je connais mes lâchetés, mes trahisons,
Le désert de mon âme, les cendres sèches de l’échec.

Je me suis vautré dans la tiédeur mollasse des fausses libertés, des sincérités de convenances.
J’ai goûté l’amertume doucereuse des plaisirs égoïstes.
Serait-ce d’indifférence que tu gribouilles le sol ?
O Jésus regarde moi !

J’aimerai tant deviner la douceur sous la cendre,
L’obscure pâleur de la fin de la nuit.
Je saurai, avec toi, en faire une chaude lumière.

Tu me réapprendras la fraîcheur des enfants, la pureté du vent.
Tu partageras mon joug pour tracer ton sillon.

Je goûterai encore aux parfums de la Joie.
O Jésus, regarde moi !

« Tu ne repousses pas un cœur brisé et broyé ! »
Entend mon cri du fond de mon cloaque, du gibet de mon remord.
Rappelle toi de moi, quand tu seras dans ton royaume !

S’il te plait, Jésus, Lève les yeux sur moi…

Rencontre avec…
Mireille Robinson

La vie d’un psychiatre n’est pas de tout repos .Nous voyons arriver vers nous toute la misère du monde : violences physiques ou psychologiques, incestes, viols… Nous essayons de guérir et de pacifier les victimes mais aussi lorsqu’ils viennent à nous les « bourreaux ».

Pour les victimes, la compassion est toute naturelle mais vis-à-vis des « bourreaux » quelle patience et quel travail sur soi faut-il pour éviter le rejet, le dégoût ; pour aider ces personnes à cheminer vers une saine culpabilité et recouvrer leur dignité car souvent ils viennent chez nous par injonction du juge et ne se remettent absolument pas en question.

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Mireille Robinson

Or comment expérimenter le pardon si l’on ne reconnaît pas sa faute ?

Le plus dur pour le soignant est de ne pas juger le pervers ; de creuser son passé avec lui pour essayer de comprendre comment et pourquoi il s’est construit de cette façon. C’est alors que nous expérimentons la demande de Jésus : "Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux !"

Un jour je vis arriver en consultation un jeune homme sympathique qui m’avoua tout de go le motif de sa venue : "j’ai assassiné ma mère !". Comme j’écarquillais les yeux, plutôt surprise, il me sortit une coupure de journal qui effectivement relatait ce crime. Il m’expliqua que l’évêque du lieu où il était emprisonné, pris de compassion pour lui, avait réussi à le faire sortir de prison car il avait effectués plusieurs tentatives de suicide. Il était extrêmement difficile pour lui de se pardonner d’avoir tué sa propre mère même si celle-ci depuis la petite enfance l’avait martyrisé. L’évêque l’avait confié à une famille de Toulon et durant neuf mois nous entreprîmes cette famille et moi-même, son psychiatre, de l’aider à sortir de son désespoir et de sa culpabilité. Peine perdue, ce jeune garçon infiniment attachant et d’une grande sensibilité finit par se suicider par pendaison. C’était extrêmement violent et traumatisant pour tous, d’autant plus qu’il avait laissé une lettre pleine de révolte qui se terminait par "Je crache sur la vie !". L’atmosphère était lourde et nous nous mîmes à prier intensément pour ce pauvre garçon pressentant qu’au cœur de cette révolte il y avait un combat terrible pour lui dans son passage vers l’au-delà. Dans la soirée en priant pour lui, la parabole de l’enfant prodigue revenait sans cesse à mon esprit.

Au même moment mon petit garçon de six ans, alors qu’il était déjà au lit, m’appela, et me confia : "Maman j’ai prié pour F…et j’ai senti une très très grande joie dans mon cœur."

J’eus alors la conviction que le combat était terminé et que F… était maintenant dans les bras du Père. Quelle expérience de miséricorde ! Miséricorde de la part de Dieu ! Miséricorde de la part de l’évêque qui l’avait totalement pris en charge. Miséricorde de la part du directeur de prison qui avait accepté de le libérer malgré la gravité de son crime. Et enfin grâce de miséricorde pour la famille d’accueil et pour moi-même qui n’avons jamais eu à son égard un soupçon de condamnation ni même de jugement négatif.

Que le Seigneur soit béni d’être si présent au cœur des situations les plus pénibles !

Le parcours Diaconie 83 ?

Entre septembre 2009 et mai 2010, chaque mois, retrouvez une étape du parcours. La dernière étape correspondra au rendez-vous "Famille en fête" en mai 2010 qui sera la clôture des Années de la Diaconie.

Déjà paru :
Diaconie 83 : Proximité


[1] Jésus s’était rendu au mont des Oliviers ; de bon matin, il retourna au Temple.
Comme tout le peuple venait à lui, il s’assit et se mit à enseigner. Les scribes et les pharisiens lui amènent une femme qu’on avait surpris en train de commettre l’adultère. Ils la font avancer, et disent à Jésus : « Maître, cette femme a été prise en flagrant délit d’adultère. Or, dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi, qu’en dis-tu ? » Ils parlaient ainsi pour le mettre à l’épreuve, afin de pouvoir l’accuser. Mais Jésus s’était baissé et, du doigt, il traçait des traits sur le sol. Comme on persistait à l’interroger, il se redressa et leur dit : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter la pierre. » Et il se baissa de nouveau pour tracer des traits sur le sol. _ Quant à eux, sur cette réponse, ils s’en allaient l’un après l’autre, en commençant par les plus âgés. Jésus resta seul avec la femme en face de lui. Il se redressa et lui demanda : « femme, où sont-il donc ? Alors, personne ne t’a condamnée ? » Elle répondit : « Personne, Seigneur. » Et Jésus lui dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. »






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