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(Malachie 3, 1-4)

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Année 2019-Homélie pour le 3ème dimanche de Pâques et l’au revoir au père Emmanuel (JGA).

  Publié le lundi 3 juin 2019 , par Philippe Roy

Un autre te ceindra.

Pierre comprend que, dans la vie chrétienne, «  il n’est pas question de l’homme qui veut ou qui court mais de Dieu qui fait miséricorde » (Ro 9, 16). Il comprend enfin que ce n’est pas lui qui a choisi Jésus, mais que c’est Jésus qui l’a choisi de toute éternité (cf. Jn 15, 16). Il comprend enfin qu’il n’a pas l’initiative de l’amour mais que c’est Jésus qui l’a aimé le premier.


Frères et sœurs, il y a des âges dans la vie spirituelle. Pas plus qu’on ne naît adulte, on ne naît saint. On le devient, parfois, au terme d’un long cheminement, Simon-Pierre en a fait l’expérience et son itinéraire est pour nous exemplaire.

Le point de départ ? « Quand tu étais jeune, tu mettais toi-même ta ceinture et tu allais où tu voulais...  ». Mettre soi-même sa ceinture, c’est, comme on dit, être maître de ses destinées ; c’est disposer de sa vie comme on l’entend. Or c’est bien là l’attitude de Simon-Pierre quand il commence à fréquenter Jésus. Certes, dès le début, n’en doutons pas, Pierre aime sincèrement Jésus. Il veut vraiment le servir, et c’est déjà beaucoup. Mais il veut le servir, à sa manière à lui, au gré de ses initiatives ! C’est que Pierre a ses petites idées sur tout. A commencer sur la façon pour Jésus d’être un bon Messie, un Messie selon les normes. Les voies de Dieu n’ont apparemment aucun secret pour lui et quand Jésus s’en écarte, Pierre est là pour le rappeler à l’ordre : « Dieu t’en préserve Seigneur ! Non, cela ne t’arrivera pas !  » (Mt 16, 22). Mais ce n’est pas tout. Pierre a aussi des idées bien déterminées sur la manière d’être un bon disciple de Jésus. Une manière généreuse, active, efficace et surtout sûre d’elle-même. «  Pierre lui dit : Pourquoi ne puis-je pas te suivre à présent ? Je donnerai ma vie pour toi  » (Jn 13, 37). Il oublie seulement que le propre du disciple est de marcher derrière son maître et non pas de le précéder. « Suis-moi  » , lui dit Jésus, c’est-à-dire, entre autres, « Passe derrière moi...  » (Mt 16, 23).

Pierre comprend enfin que, dans la vie chrétienne, «  il n’est pas question de l’homme qui veut ou qui court mais de Dieu qui fait miséricorde » (Ro 9, 16). Il comprend enfin que ce n’est pas lui qui a choisi Jésus, mais que c’est Jésus qui l’a choisi de toute éternité (cf. Jn 15, 16). Il comprend enfin qu’il n’a pas l’initiative de l’amour mais que c’est Jésus qui l’a aimé le premier.
Tel est donc Pierre au temps de sa jeunesse spirituelle. Tout feu, tout flamme et surtout très confiant en lui-même. Qu’en est-il maintenant de Pierre devenu vieux ? « Quand tu auras vieilli, dit Jésus, tu étendras les mains et un autre te ceindra et il te mènera où tu ne voudrais pas ». Certes, comme l’évangéliste le précise aussitôt, cette parole vise d’abord le genre de mort par lequel Pierre devait glorifier Dieu et nous savons que Pierre, sous la persécution de Néron, eut effectivement à étendre les mains sur la Croix où il fut lié. Mais, plus profondément, Jésus suggère une attitude spirituelle. Etendre les mains, c’est renoncer à ce que nous avons peut-être de plus cher : la maîtrise sur notre propre existence. Laisser un autre nous passer la ceinture, c’est remettre la conduite de notre vie entre les mains d’un Autre, entre les mains de celui que nous appelons «  le Père et Maître de notre vie » (Si 23, 1).

Voilà le chrétien adulte. Celui qui est redevenu comme un petit enfant dans les bras de sa mère (Ps 13 1, 2). A l’image de Jésus, sa nourriture est de faire la volonté du Père (Jn 4, 34). D’adhérer de toutes les fibres de son être à la volonté de Dieu telle qu’elle se manifeste en particulier à travers les événements. « Prend tout en gré  », disent les Voix à Jeanne d’Arc, qui marche, angoissée, vers son martyr, et quelques siècles plus tard, dans la prison du Temple, Madame Élisabeth, la sœur de Louis XVI, récitait chaque jour cet admirable acte d’abandon : « Que m’arrivera-t-il aujourd’hui, ô mon Dieu ? Je l’ignore. Tout ce que je sais, c’est qu’il n’arrivera rien que Vous n’ayez prévu de toute éternité, Cela me suffit, ô mon Dieu pour être tranquille. J’adore vos desseins éternels, je m’y soumets de tout mon cœur : je veux tout, j’accepte tout ».C’est dans ce consentement joyeux et profond à la volonté de Dieu que la volonté du chrétien trouve sa perfection.

Mais comment, dans l’ordre spirituel, passe-t-on de la jeunesse à l’âge adulte ? Là encore, l’itinéraire de Simon-Pierre a pour nous valeur de modèle. C’est par l’échec du reniement que Pierre accède à la maturité spirituelle par le moyen de l’humilité. « Je donnerai ma vie pour toi !  », affirmait le jeune Pierre. Mais, à peine Jésus a-t-il un instant caché sa face que toutes ses résolutions héroïques s’effondrent. « Je ne connais pas cet homme !  » Mais à peine Jésus tourne-t-il de nouveau vers lui son visage que Pierre pleure. La grâce l’a touché. Il est sauvé.
Oui, l’expérience douloureuse du reniement a fait franchir à Pierre une étape décisive. Il a compris, compris concrètement, que sans la grâce de Jésus-Christ, l’homme ne peut rien, l’homme n’est rien. « Sans moi, dit Jésus, vous ne pouvez rien faire » (Jn 15, 5) Jésus ne dit pas " pas grand-chose ", il dit " rien ". Sans lui, les apôtres ont travaillé toute la nuit : ils n’ont rien pris. Pierre, ayant ainsi fait l’expérience de l’impuissance de l’homme sans la grâce, Pierre comprend enfin que, dans la vie chrétienne, «  il n’est pas question de l’homme qui veut ou qui court mais de Dieu qui fait miséricorde » (Ro 9, 16). Il comprend enfin que ce n’est pas lui qui a choisi Jésus, mais que c’est Jésus qui l’a choisi de toute éternité (cf. Jn 15, 16). Il comprend enfin qu’il n’a pas l’initiative de l’amour mais que c’est Jésus qui l’a aimé le premier. Bien plus, l’amour de Pierre pour Jésus est la conséquence et le premier effet de l’amour de Jésus pour Pierre, car l’amour que nous pouvons avoir pour Dieu est déjà un don de la grâce, un signe de l’amour que Dieu a pour nous. N’inversons pas les rôles. Si donc Pierre ne pouvait pas suivre Jésus dans sa Pâque (cf Jn 13, 36), c’est qu’il fallait d’abord que Jésus donne sa vie pour que Pierre, plus tard, soit capable de donner sa vie pour Jésus.
A travers son reniement, Pierre prend donc conscience de la primauté absolue de la grâce et c’est ainsi qu’il entre dans le mystère sauveur de l’humilité. Heureuse faute de Pierre qui lui a ouvert la voie royale de l’humilité ! Finies les rodomontades de la jeunesse. Pierre sait désormais à quoi s’en tenir sur son propre compte. Va-t-il dès lors se désespérer ? Va-t-il, comme Judas, se détruire parce qu’il ne supporte pas de ne plus correspondre à la belle image de lui-même qu’il s’était forgée dans sa jeunesse ? Non, car Pierre a cessé de se regarder, de s’évaluer, de se juger (cf. 1 Co 4, 3). Il regarde Jésus et s’en remet au seul jugement de Jésus « Tu sais tout, Seigneur, tu sais bien que je t’aime » . Sur le roc de cette humilité inébranlable, Jésus va désormais pouvoir bâtir son Eglise.

A la lumière de ces réflexions du Père Serge Bonino sur l’Evangile d’aujourd’hui (http://toulouse.dominicains.com/hom...) je voudrais ajouter un mot sur le départ du Père Emmanuel de la paroisse pour devenir moine bénédictin à l’abbaye Notre Dame de Fontgombault.
Quand nous étions petits, quelle idée avions-nous de la sainteté ? Quelle idée sur ce que le Seigneur nous demanderait de faire ? Certainement une idée différente de ce que le Seigneur a effectivement voulu pour nous.
Une question peut alors venir à notre esprit : le Seigneur a-t-il le droit de demander à un homme de renoncer à former une famille ? Le Seigneur a-t-il le droit de demander à un homme de quitter ses parents, sa patrie et tout ce qu’il aime ? Le Seigneur a-t-il le droit de demander à un homme de tout quitter pour s’enfermer entre les quatre murs d’un monastère pour le servir dans le silence, le sacrifice et le travail humble et caché ?
En définitif ce que nous nous demandons c’est si le Seigneur a le droit comme il l’a fait avec Pierre de bouleverser complètement notre projet de vie pour demander de marcher à sa suite sur un chemin qui l’a conduit à la croix.
Oui, le Seigneur en a le droit : « C’est lui qui nous a créé et nous sommes à lui  ». Ses projets sont mystérieux et toujours meilleurs que les nôtres, son plan pour chacun de nous est un plan tracé avec amour, un plan de bonheur et de paix. Il nous aime comme un Père. Les croix du Seigneur conduisent toujours à la gloire de la Résurrection et de la Vie Éternelle.

Maintenant répondons à une autre question. A quoi sert la vie contemplative ? Nous avons tellement besoin de prêtres dans nos paroisses !
Avec saint Thomas d’Aquin nous pouvons affirmer que : « Il est nécessaire pour la perfection de la société humaine que quelques-uns se consacrent à la vie contemplative » .
Mais pour quoi est-ce nécessaire ?
Parce que Jésus a dit : « Priez et veillez pour ne pas tomber dans la tentation ». Il faut des hommes qui prient pour que nous ne succombions pas à la tentation.
Parce que Jésus a dit : « N’accumulez pas des trésors sur la terre...accumulez plutôt des trésors dans le Ciel  ». Il faut des hommes qui quittent tout pour nous rappeler que le jour de notre mort nous n’emporterons rien de matériel avec nous.
Parce que Jésus a dit : « Cherchez d’abord le Royaume des Cieux » et aussi « regardez les oiseaux du Ciel qui ne sèment pas mais Dieu ne les fait pas manquer de nourriture de chaque jour  ». Il faut des hommes libres ayant une confiance totale dans la Providence.
Parce que Jésus a dit : « Qui veut être mon disciple qu’il prenne sa croix, qu’il renonce à lui-même et qu’il me suive  ». Il faut des hommes qui nous rappellent que large est le chemin qui conduit à la perdition mais étroite la voie qui mène à la vie.
Parce que Jésus a dit : « Tous ceux que auront quitté père, mère, femme, enfants, frères pour me suivre je leur donnerai cent fois plus et la Vie Éternelle ». Il faut des hommes qui nous rappellent que Notre Dieu est un Dieu fidèle à ses promesses.
Parce que Jésus a dit : « Heureux les pauvres en esprit, heureux les doux, heureux les affligés, heureux les affamés de la justice, heureux les miséricordieux, heureux les cœurs purs, heureux les artisans de paix car votre récompense sera grande dans le Ciel  ». Il faut des hommes qui par leur seule existence nous rappellent que nous sommes créés pour l’éternité et que « Dieu premier servi » doit être le titre d’honneur de tout chrétien. Parce que Jésus a dit : « Marie a choisi la meilleure part qui ne lui sera pas enlevée ».

Cher père Emmanuel, notre frère, merci de ta présence parmi nous tout au long de ces trois années. Merci pour ton “oui” à Jésus, pour lui permettre de « te mettre ta ceinture  ».
Prie pour nous, prie pour que Jésus bénisse notre communauté paroissiale avec de saintes et nombreuses vocations.
Que le Seigneur qui t’a choisi te bénisse.

Amen.










 

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