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Année 2019-Homélie pour le 2ème dimanche de Carême. Une vérité difficile : La sainteté de l’Eglise (JGA).

  Publié le lundi 18 mars 2019 , par Philippe Roy

Une vérité difficile : La sainteté de l’Église.

La réponse que chaque chrétien est appelé à avoir face à ce qui atteint l’Eglise de l’intérieur est la conversion personnelle, l’esprit de sacrifice et de réparation. L’histoire de l’Eglise montre que les crises ont toujours été surmontées par des élans de sainteté jaillis du cœur de l’Eglise. La crise que nous traversons ne dérogera pas à cette règle car elle pousse l’Eglise à l’humilité, vertu qui porte toujours des fruits de renouveau.

Sources :

https://bayeuxlisieux.catholique.fr....

https://misericordedivine.fr/leglis..., abbé Jean-Raphaël Dubrule.

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La sainteté est l’une des quatre notes de l’Eglise : une, sainte, catholique et apostolique (Lumen Gentium 8). Mais après les scandales de ces derniers temps, la sainteté de l’Eglise a été remise en cause. Pourtant le Credo nous le dit ouvertement : l’Eglise est sainte.
Mais est- elle vraiment sainte ?

Pour ne pas se fixer simplement sur ce que se passe de nos jours regardons un peu l’Eglise des apôtres. On dirait une équipe de bras cassés choisie par Jésus, c’est la définition même des douze apôtres, première église .
Le faux dur : Pierre fut le premier apôtre à confesser la foi chrétienne : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant !  » (Mt 16,16) ; celui à qui Jésus promet : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, je te donnerai les clefs du Royaume des cieux.  » (Mt 16,18). Après la Résurrection, c’est encore à lui que Jésus confie d’être "le berger" de ses agneaux. Pierre, le rocher sur lequel repose l’Eglise ! Simon-Pierre a pourtant renié trois fois son Maître, par peur, au moment de sa Passion ! Relevé de sa chute, se sachant pardonné par Jésus, il reçoit de lui la mission d’affermir la foi de ses frères.
Les ambitieux : Jacques et Jean son frère, que Jésus surnomme "fils du tonnerre", étaient les compagnons de travail de Pierre et André sur le lac de Tibériade. Jacques appartient au petit groupe des intimes de Jésus, avec Pierre et Jean, qui furent témoins de la résurrection de la fille de Jaïre, de la Transfiguration du Seigneur et de son agonie à Gethsémani. Les deux frères n’étaient pas totalement dénués d’ambition humaine puisque leur mère vient un jour trouver Jésus pour lui demander : « Voilà mes deux fils : ordonne qu’ils siègent, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, dans ton royaume ! » (Mt 20,21).
Le sceptique : Nathanaël, il dira à Philippe son scepticisme : « De Nazareth, peut-il sortir quelque chose de bon ? » (Jn 1,46).
Le tricheur : Matthieu est un publicain réputé pour prendre un supplément sur les impôts pour le mettre dans sa poche.
Le traitre et le voleur : Judas.
L’incrédule : Thomas. « Thomas lui dit : " Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment pourrions-nous savoir le chemin ?" » (Jn 14,5) « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! » (Jn 20,25).
Tous les apôtres, sauf Jean, abandonnent Jésus au cours de la capture, le procès, la flagellation et la crucifixion. Les disciples étaient tous coupables de lâcheté́ ; bien que Jésus leur ait dit tout ce qui allait lui arriver, les disciples étaient encore très effrayés, et ne veulent pas faire confiance à Jésus. Jésus a prédit sur le mont des Oliviers que cela arriverait, en citant Zacharie 13 : 7 : « Frappe le pasteur que les brebis se dispersent  ».

Donc, l’Eglise est-elle vraiment sainte ?
Le Nouveau Testament évoque souvent le lien entre l’Eglise et la sainteté.
L’Eglise est « une nation sainte » (1 P 2, 9). Elle est l’Epouse du Christ (Eph 5, 31-32). C’est le « temple du Dieu vivant » (2 Co 6, 16). L’Eglise est le Saint Corps du Christ. Les membres de l’Eglise sont appelés « saints » (Ac 9, 13 ; 1 Co 6, 1). L’Eglise est sainte parce qu’elle communique la Vie divine. Comme Corps du Christ, elle possède et dispense la vie même du Christ. L’Eglise est sainte par sa doctrine qu’elle a reçue de son Fondateur Jésus qui est Saint (Ac 4, 27.30) et par le Saint Esprit qui demeure en elle.
Sa doctrine est essentiellement l’imitation de Jésus et de sa vie de sainteté. Elle est sainte car elle est rendue telle par le Christ, comme saint Paul l’affirme clairement : « Le Christ a aimé l’Eglise : il s’est livré pour elle, afin de la sanctifier en la purifiant par le bain d’eau qu’une parole accompagne ; car il voulait se la présenter à lui-même toute resplendissante, sans tache ni ride ni rien de tel, mais sainte et immaculée » (Ep 5, 25-26). L’Eglise est sainte parce qu’elle unie au Christ, le seul saint. La sainteté de l’Eglise ne vient pas d’elle, mais du Christ. Pour appréhender cette réalité, il faut donc un regard de foi, qui dépasse celui du journaliste ou du sociologue.

Mais, revenons à la question initiale, les scandales du passé et d’aujourd’hui ne salissent ils pas l’Eglise ?
Le pape Benoit XVI disait dans son homélie de l’Epiphanie en 2008 : « l’Eglise est sainte et composée de pécheurs » . De même à la fin des exercices spirituels de Carême en 2007 Benoît XVI a remercié le prédicateur, cette année-là, c’était le cardinal Giacomo Biffi, « de nous avoir aidé à aimer davantage l’Eglise, qui est “immaculata ex maculatis”, comme vous nous l’avez enseigné avec saint Ambroise ». L’expression "immaculata ex maculatis" se trouve en effet dans un passage du commentaire de l’Evangile de Luc par saint Ambroise. Elle veut dire que l’Eglise est sainte et sans tache bien qu’elle accueille en son sein des hommes tachés par le péché.
Le cardinal Biffi, spécialiste de saint Ambroise, le grand évêque de Milan au IVe siècle, celui-là même qui baptisa saint Augustin, a publié en 1996 un essai consacré précisément à ce sujet, dont le titre applique à l’Eglise une expression encore plus hardie : "Casta meretrix", chaste prostituée.
Cette dernière expression est, depuis des décennies, un lieu commun du catholicisme progressiste. Pour dire que l’Eglise est sainte "mais également pécheresse" et qu’elle doit toujours demander pardon pour "ses" péchés .
Mais en quel sens saint Ambroise a-t-il parlé de l’Eglise comme d’une "casta meretrix" ? Simplement, saint Ambroise a voulu appliquer à l’Eglise la symbolique de Rahab, la prostituée de Jéricho qui, dans le livre de Josué, accueille et sauve dans sa maison des Juifs en fuite. Déjà avant saint Ambroise, Rahab était considérée comme le "prototype" de l’Eglise. Il en est ainsi dans le Nouveau Testament, puis chez Clément de Rome, Justin, Irénée, Origène, Cyprien. L’expression "hors de l’Église, point de salut" est née précisément du symbole de la maison salvatrice de Rahab. Voici le passage dans lequel saint Ambroise applique à l’Eglise l’expression "casta meretrix" : « Rahab, qui originellement était une prostituée mais qui dans le mystère est l’Eglise, a indiqué en son sang le signe futur du salut universel au milieu du massacre du monde. Elle ne refuse pas l’union avec les nombreux fugitifs, elle est d’autant plus chaste qu’elle est plus étroitement unie au plus grand nombre d’entre eux ; elle qui est vierge immaculée, sans ride, intacte dans sa pudeur, amante publique, prostituée chaste, veuve stérile, vierge féconde...Prostituée chaste, parce que de nombreux amants viennent à elle par l’attrait de l’amour mais sans la souillure de la faute » (In Lucam III, 23). Ce passage est très dense voici comment l’explique le cardinal Biffi : « L’expression ’casta meretrix’, loin de faire allusion à quelque chose d’immoral et de répréhensible, veut indiquer, non seulement par l’adjectif mais aussi par le substantif, la sainteté de l’Eglise. Sainteté qui consiste autant en son adhésion sans hésitations et sans incohérences au Christ son époux (’casta’) qu’en la volonté de l’Eglise d’atteindre tous les hommes pour les conduire tous au salut (’meretrix’) ».

Si ensuite, aux yeux du monde, l’Eglise peut elle-même apparaître souillée par ses péchés et frappée par le mépris public, c’est un destin qui renvoie à celui de son fondateur, Jésus, lui aussi considéré comme un pécheur par les puissances terrestres de son époque. C’est ce que dit encore saint Ambroise dans un autre passage de son commentaire de l’Evangile de Luc : « L’Eglise prend à juste titre l’aspect de la pécheresse, parce que le Christ aussi a pris l’apparence du pécheur » (In Lucam VI, 21). Mais c’est justement parce qu’elle est sainte, de l’indéfectible sainteté qui lui vient du Christ, que l’Eglise peut accueillir en elle les pécheurs, souffrir avec eux de leurs maux et les soigner.
Les hommes pécheurs, les femmes pécheurs, les prêtres pécheurs, les sœurs pécheurs, les évêques pécheurs, les cardinaux pécheurs, le Pape pécheur : comment une Eglise comme cela peut être sainte ? Le péché est toujours un acte personnel et privé, nous dit la Regula Benedicti, selon laquelle le « processus conversationis et fidei » (prol. 49) et la « conversatione morum » (58,17) sont engagements personnels du chrétien.
Le Cardinal Journet pour sa part nous enseigne que : « l’Eglise comprend en elle des pécheurs, beaucoup de pécheurs, mais elle est sans péché... L’Eglise est toute entière sans péché ; à la ressemblance du Christ elle est toujours et toute entière exempte du péché  ».

Mais que répondre à la question : comment les pécheurs peuvent-ils être membres de l’Eglise ?
Les pécheurs sont dans l’Eglise mais non pas de l’Eglise. Aussi vraie que soit cette réponse, et c’est un dogme de foi, elle est cependant incomplète pour rendre compte du mystère de la sainteté de l’Eglise. Car il semble trop facile de rejeter le péché sur les membres de l’Eglise pour maintenir celle-ci immaculée. Comme le rappelait Saint Jean-Paul II, l’Eglise « reconnait comme siens, devant Dieu et devant les hommes, ses enfants pécheurs ».
Un chrétien qui pèche trahit le message de l’Evangile, ne vit pas conformément à ce que l’Eglise lui demande de vivre, mais il reste cependant membre de l’Eglise. L’Eglise le considère toujours comme son enfant, et est donc concernée par son péché. Comme le disait magnifiquement le cardinal Journet, « l’Eglise comme personne prend donc comme personne la responsabilité de la pénitence, elle ne prend pas la responsabilité du péché  ». Pour l’Eglise, reconnaitre le péché de ses membres n’est pas reconnaitre son propre péché, mais celui de personnes qui se sont éloignées de son enseignement et des moyens de sainteté qu’elle propose. Mais c’est aussi reconnaitre qu’il faut faire pénitence pour ces membres. Et cette pénitence concerne toute l’Eglise.
Mais pour ne pas concevoir l’Eglise comme une réalité qui existerait indépendamment de ses membres, comme une sorte d’idée platonicienne désincarnée, sainte mais détachée de ses membres, il reste à voir où se situe le point de rupture entre la sainteté de l’Eglise et le péché de ses membres. La réponse que donne le Catéchisme de l’Eglise Catholique est que la séparation entre le péché et la sainteté se situe au plus intime du cœur de l’homme : « En tous, l’ivraie du péché se trouve encore mêlée au bon grain de l’Evangile jusqu’à la fin des temps  » . Et dans une formule limpide, le cardinal Journet résume cela en disant que « la frontière de l’Eglise passe à travers nos propres cœurs  ». Tout ce qui relève de sainteté en chacun de nous appartient à l’Eglise, mais ce qui n’est pas encore purifié, ce qui appartient encore au vieil homme est laissé en dehors des frontières de l’Eglise.
Le Cardinal Journet refuse absolument toute atteinte à la sainteté de l’Epouse du Christ à cause du péché des membres de l’Eglise. Il défend, lui, constamment cette thèse : « L’Eglise, qui n’est pas sans pécheurs, est néanmoins sans péché ».
Ceux qui parlent du "péché de l’Eglise" ou d’une "Eglise pècheresse" la regardent « d’une manière matérielle  ». La considération s’est faite « d’un point de vue extérieur, descriptif, phénoménal ». En effet, l’intuition du cardinal Journet se révèle particulièrement exacte. Le péché́ des chrétiens limite la participation aux biens divins. L’action de Jésus, Tête de l’Église, ne peut répandre la plénitude de ses effets que dans la mesure où sont écartés les obstacles posés par la volonté́ défaillante de l’homme. Une partie de mon cœur n’est pas « colonisée  » par la grâce.

Que faire concrètement devant la situation si triste du péché des membres de l’Eglise ? Écoutons l’exhortation de saint Thomas d’Aquin : « Après une pareille sanctification de notre âme (celle du baptême), il faut bien prendre garde de ne pas la souiller par le péché, car elle est le temple de Dieu. L’Apôtre écrit en effet aux Corinthiens (I ép. 3, 17) : "Si quelqu’un profane le temple de Dieu, Dieu le perdra" » .
Suivons le conseil de saint Augustin : « Veux-tu plaire au Christ ? Tu ne peux tant que tu es difforme. Que feras-tu pour être belle ? Que te déplaise d’abord ta difformité, et alors de celui-là même auquel tu veux plaire par ta beauté, tu mériteras la beauté. C’est lui en effet qui sera ton réformateur, lui qui t’a formée  ».
Souvenons-nous des paroles de León Bloy : « il n’y a qu’une seule tristesse dans la vie, celle de ne pas être saint  ».
Si le péché affecte toute l’Eglise, la sainteté de chacun peut aussi la faire rayonner. Face aux scandales qui enlaidissent le visage de l’Eglise, le chrétien peut et doit ressentir un sentiment d’indignation. Mais il doit aussi mystérieusement se sentir impliqué dans la réparation de ces fautes, car tous les chrétiens sont membres les uns des autres. Sur terre, qu’un membre grandisse en sainteté, et toute l’Eglise en bénéficie, sa sainteté devenant plus parfaite. Toute âme qui s’élève élève le monde, dit-on. On trouve dans le mystère de la sainteté de l’Eglise le fondement de cette belle affirmation. Chacun peut contribuer à la purification de l’Eglise par ses propres sacrifices. Si l’Eglise a pu surmonter des crises où son visage était terni par les scandales de ses membres, et en premier de lieu de sa hiérarchie, c’est par un élan de conversion de tous les membres. C’est en ce sens que l’on peut comprendre les propos de Benoît XVI dans sa lettre aux catholiques d’Irlande du 17 mars 2010 : « Je prie pour que, assistée par l’intercession de ses nombreux saints et purifiée par la pénitence, l’Eglise en Irlande surmonte la crise présente et redevienne un témoin convaincu de la vérité et de la bonté de Dieu tout-puissant, manifestée dans son Fils Jésus-Christ  » .

La réponse que chaque chrétien est appelé à avoir face à ce qui atteint l’Eglise de l’intérieur est la conversion personnelle, l’esprit de sacrifice et de réparation. L’histoire de l’Eglise montre que les crises ont toujours été surmontées par des élans de sainteté jaillis du cœur de l’Eglise. La crise que nous traversons ne dérogera pas à cette règle car elle pousse l’Eglise à l’humilité, vertu qui porte toujours des fruits de renouveau.
En des jours calamiteux comme ceux que nous vivons actuellement, pleins d’accusations qui tendent à contester justement la sainteté de l’Eglise, voilà une vérité à ne pas oublier.

Ainsi soit-il.










 

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